Gorges du Tarn, quatrième film sur les GR français 🦅🎞

Temps de lecture : 8 minutes

📔 Itinéraire

📅 9 jours
🗺 209 kils
⛰️ 4 760 D+ / 5 700 D-
🥾 289 606 pas
🏕 9 nuits en bivouac
📍 De la Crous del Pitchou (12) au Château de Tornac (30) par les gorges du Tarn et de la Jonte
📸 Ilford Black & White FP4 PLUS 125

La carte ci-dessus représente le trajet effectué aux mois de juin et juillet, entre le Puy-de-Dôme et Saint-Rémy-de-Provence.

📔 Le Lot/La Gravière

Il est quinze heures passées lorsque je trempe mes pieds dans l’eau du Lot. Après trois longues journées de dénivelé, de fortes chaleurs et de transpiration, je ne perds pas une seule seconde avant de plonger l’ensemble de mon corps dans cette eau qui m’apparaît si fraîche. Nu et accroupi dans la rivière profonde d’une trentaine de centimètres, je laisse la froide vivacité du courant me caresser la peau et rafraîchir mes parties intimes. Pendant vingt minutes, je me languis dans cette source qui me paraît inépuisable. De temps à autre, j’observe avec amusement les poissons qui nagent entre mes jambes et les papillons qui survolent délicatement mes cheveux rincés à l’eau claire.

Je profite aussi de cet instant pour laver mes vêtements. Une bonne idée pensé-je, notamment à l’observation du savon de Marseille dont la couleur a viré au noir après quelques frottements sur mes frasques pleines de poussières et de sueur.

📔 Gorges du Tarn

Je n’ai pas les mots. J’ai juste une poignée de photos. C’est la seconde fois que je me rends dans les gorges du Tarn. Et pour la seconde fois, mon regard béat trahit la beauté du paysage que l’on trouve dans et en-dehors des gorges.

Gorges du Tarn
200629 – Gorge du Tarn 3 – 44.3°N, 3.24°E

📔 Gorges du Tarn/La Sablière

A l’issu d’une dizaine de kilomètres à travers les gorges du Tarn, je me suis assis sur la terrasse du hameau de la Sablière. Quelques années avant que mon corps fatigué ne trouve refuge dans ce bout de paradis, Albin a décidé de s’y installer. Ce grand rêveur, à la barbe bien taillée et à la peau rongée par de longues heures de travail au soleil, a posé ses affaires au hameau après en être tombé amoureux. Ancien cadre dans la publicité, il a tout de l’histoire d’Octave Parango. « Sans avoir le nez plein de poudre », comme il le précise avec amusement, il a décidé au cours de ses trente-trois printemps de radicalement changer de vie. « Marre de vivre à travailler pour des banques et des organismes de jeux, marre de vivre à vendre de la merde aux gens », m’explique-t’il. Ainsi, il a repris l’entretien, la rénovation et la gestion du hameau de la Sablière avec un concept simple : en l’échange d’une adhésion de dix euros, chacun est libre de gambader dans le hameau, et de se voir offrir une bière fraîchement brassée dans le Larzac non loin d’ici.

200630 – Albin et Vanessa – 44.22°N, 3.23°E

Pour déjeuner, Albin me propose de partager le reste de pâtes carbonara préparé la veille. Je n’ai pas avalé de pâtes depuis plus de quinze jours, je ne peux pas refuser l’invitation. Nous passons le repas à échanger à propos de son passé, de ses projets, de l’avenir du hameau. Malheureusement, le lieu est propriété de riches belges qui peinent à fournir à Albin suffisamment de visibilité pour penser à long terme. Même si un bail, trop précaire à son goût, a été signé, il s’agit surtout d’attendre pour obtenir la pleine propriété.

📔 Gorges du Tarn/Rocher de Francbouteille

En attendant que le soleil ne disparaisse complètement, je me laisse surveiller par les gardiens des Causes, ces gardiens dont le cou cassé ne laissent aucun doute quant à leur identification, ces gardiens dont les plumes à la coloration noire grise reflètent les derniers rayons du soleil, ces gardiens que l’on appelle plus communément les vautours. Au détour du Rocher de Francbouteille qui penche sur les gorges du Tarn, certains d’entre eux s’envolent majestueusement, j’imagine à la recherche de nourriture. Dans leurs élans, les vautours battent des ailes, secouant l’air telle une machine tout droit sortie d’un récit de Jules Vernes. Le son qui s’en dégagent est indescriptible. Il ne s’écrit pas, il s’écoute.

Vautour dans les gorges du Tarn
200702 – Vautour – 44.19°N, 3.42°E

Cette créature, dont mon mètre quatre-vingt-neuf dépasse difficilement l’envergure des plus grands d’entre eux, se transforme en roi. Dans les vallées escarpées, dessinées dans les plus consciencieux détails des sols calcaires, le vautour veille sur tout. A l’affût, il n’hésite pas à montrer toute sa puissance lorsqu’il s’agit de plonger vers une proie. Ai-je raison de cacher le bout de saucisson qui traîne dans ma gamelle ? Aussi bêtement que cela puisse paraître, j’ai l’impression qu’ici, je viens de perdre une place dans mon réseau trophique.

📔 Causse Méjean/Les Chanas

Sur la carte topographique, je repère à mille mètres d’altitude trois dolmens les un à côté des autres. Sur cette même carte, les courbes de niveau sont espacées et la coloration est beige. Il doit donc s’agir d’un lieu relativement plat, sans doute une prairie, donc parfait pour un bivouac. L’acquisition de cinq cent grammes de saucisson dans une ferme quelques kilomètres auparavant suffira à combler mon appétit pour la soirée. Je décide alors de gagner cette position pour monter la tente et me protéger de la tempête prévue en soirée.

Tempête sur le Causse Méjean, après les gorges du Tarn
200701 – Tempête – 44.2°N, 3.41°E

En arrivant aux trois dolmens, le vent se lève terriblement. Les nuages sombres de l’après-midi se dégradent en un noir profond. La montre affiche dix-huit heures, mais le manque de luminosité ferait penser qu’il en est vingt-et-une. Sans prévenir, la foudre s’abat sur la forêt du causse voisin. L’éclair illumine l’ensemble de la vallée comme un flash d’appareil photo. Et sans même avoir le temps de calculer à quelle distance se situe l’impact, un terrible rugissement réveille toutes les gorges de la Jonte au-dessus desquelles je suis en train de monter mon camp. En un éclair, la nature exprime une colère divine, une colère qui ne rassure pas. Le vent souffle toujours aussi fort, mais je peux apercevoir les nuages gagner le nord. Avec un peu de chance, la tempête disparaîtra vers d’autres causses d’ici quelques instants.

Malgré les bourrasques qui soufflent et une averse qui s’abat de plus en plus fort sur mon visage tiré par le désarroi, je parviens enfin à monter ma tente. Perché à mille mètres d’altitude, aux pieds des trois dolmens, je patiente. Désormais au sec, j’écoute la pluie s’effondrer sur le sol, le vent s’engouffrer sous la toile, l’orage éclater au loin. Qui suis-je au milieu de ces forces que l’Homme ne parvient pas à maîtriser ?

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Après une longue demie heure de concert météorologique, l’atmosphère retrouve son calme. Plus de vent, plus de pluie, plus d’orage. Le silence règne en maître. J’entrouvre ma tente pour apercevoir un soleil hésitant, un soleil qui tente de se frayer un passage parmi les nuages restés à l’est.

📔 Cévennes/Abri bus

Du beau temps, des moutons, un vautour. Puis la pluie. Je suis assis à l’abri de la pluie dans une sommaire construction de bois qui, si elle n’indiquait pas que les transports scolaires ne circulent pas en période de vacances, ressemblerait à tout sauf à un arrêt de bus. Trop fainéant pour retirer le sac de mes épaules, je regarde bêtement l’eau tomber sur les arbres en attendant que la tempête se dissipe. Depuis les premiers dénivelés dans le Puy-de-Dôme, je n’ai jamais pu réaliser une ascension sans éviter la pluie. A chaque fois que je m’élance sur plusieurs centaines de dénivelés positifs, les cumulus se chargent pour relâcher des averses, terminant le plus souvent en trombes d’eau. Miraculeusement, la pluie cesse. Le ciel se dégage. Il me reste maintenant à atteindre le Mont Aigoual.

📔 Cévennes/Mont Brion

En pleine sieste au sommet du Mont Brion, qui me servira de lieu de bivouac pour la nuit qui approche, je pense à ma rencontre d’aujourd’hui. Pour une bonne mais trop courte partie de la matinée, j’ai marché accompagné de Philippe, randonneur averti, la trentaine, et CEO d’une compagnie spécialisée dans l’analyse des données issues des débats citoyens.

Tout en mettant un pied devant l’autre, Philippe m’expose qu’il rêve d’un monde où l’on se concentre sur le cœur des choses, sur le « code source » comme il dit. Selon lui, l’informatique a apporté, comme l’imprimerie avec la diffusion d’informations à son époque, de grands bouleversements dans notre rapport à la conservation de données. Il s’interroge : « À quoi bon conserver des données si je ne sais pas où elles sont stockées » ?

L’Internet a séduit beaucoup de monde grâce à son beau design, ses applications addictives, et ses services qu’il nous paraît inconcevable de ne plus utiliser. « Sans lui, à quoi aurait servi le garage de Jeff Bezos si ce n’est pour la tenue d’une librairie classique » ?

« A peine une ou deux générations avant la nôtre, on stockait nos relevés bancaires, nos avis d’imposition, nos fiches de salaires, enfin, tous nos documents administratifs, dans des classeurs rangés au fond d’un placard qu’on ouvrait quand il s’agissait de faire la paperasse. Aujourd’hui, tu sais où sont ces données ? Lis les conditions générales d’utilisation des services de stockage que tu utilises. Tu verras qu’en fait, tu n’es propriétaire de rien. Avant, quand tu voulais partager tes photos de voyage avec tes proches, tu partais chez le photographe, tu commandais des tirages, et une fois à la maison tu préparais ton album. Aujourd’hui, tu partage tout sur les réseaux. Tu veux que je t’explique à nouveau les CGU ? Je prends des airs philosophiques, et je ne pense pas avoir les compétences pour y répondre même si j’y travaille. Mais il faut se poser la question : qui sommes-nous si toutes les données nous concernant ne nous appartiennent plus » ?

Le cadran de nos montres affiche onze heures lorsque nous atteignons la bifurcation du Roque Rouge. Depuis ce croisement, un nouveau GR emprunte la direction du sud. Il s’agit du GR que Philippe décide de suivre. Nous nous saluons, je le photographie, et aussi rapidement que nos chemins se sont rencontrés, ils se séparent.

200703 – Cévennes 3 – Position inconnue

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