Cantal, second film sur les GR français 🌋🎞

Temps de lecture : 8 minutes

📔 Itinéraire

📅 7 jours
🗺 169.3 kils
⛰️ 4 880 D+ / 5 520 D-
🥾 231 006 pas
🏕 6 nuits en bivouac et 1 nuit en hôtel
📍 De Regheat (15) au Ruisseau du Tayrac (12) en passant par le Puy Mary et le Plomb du Cantal
📸 Kodak Black & White 400TX

La carte ci-dessus représente le trajet effectué aux mois de juin et juillet, entre le Puy-de-Dôme et Saint-Rémy-de-Provence.

📔 Regheat

La journée touche à sa fin quand Paul (rencontré le matin même en lisière de la forêt de Rodde et que j’apprends faire partie de l’excellent collectif Barno) me propose de planter la tente sur la colline qui se dresse face à nous. Au sommet de ce monticule herbeux qui peine à dépasser les mille mètres d’altitude, nous installons notre camp de nylon sous le regard attendri des volcans. Au loin, Paul parvient à deviner le Sancy, où nous étions deux journées auparavant. De l’autre côté, je devine le Puy Mary, où nous serons dans deux jours.

200615 – Paul – 45.27°N, 2.78°E

Lorsque la montre affiche vingt heures, le ciel se charge d’une masse nuageuse qui obscurcit violemment les lumières. Le vent se lève soudainement, d’autres nuages aux allures plus grises et plus denses viennent de voiler le coucher de soleil que nous étions jusqu’alors en train d’apprécier. En cinq minutes, c’est décidé. Nous préférons nous terrer au fond de notre duvet plutôt que d’affronter les caprices de Dame Nature.

Le vent souffle toujours plus fort. Le temps de plier nos affaires, les nuages qui nous paraissaient si loin se retrouvent maintenant à quelques centaines de mètres au-dessus de nos têtes. Au sommet de la colline, rien ne nous protège. Les arbres manquent. Seule une herbe déjà broutée par les vaches sort de terre. Violemment, tel un barrage qui ouvre ses vannes, la pluie s’abat sur le nylon de nos maisons. Le vent souffle toujours autant. Même si nos tentes sont plantées côte à côte, nous cessons de discuter. Chaque goutte d’eau sur la toile rend toute conversation impossible.

Une heure vient de s’écouler. Les yeux rivés sur ma liseuse, j’entends Paul sortir de sa tente. « Si tu ne dors pas, tu devrais sortir regarder le coucher de soleil ». En effet, lorsque je sors à nouveau ma tête de la tente, je suis stupéfait. Le nuage que nous redoutions tant vole maintenant loin devant nous. Le soleil est réapparu avec des lumières aussi chaudes que celles des longues soirées d’été. La terre qui semblaient à notre arrivée ravagée par le bétail s’est gorgée d’eau. La couleur jaune pâle de l’herbe séchée par les fortes températures du début de l’été se transforme au contact des derniers rayons du soleil en un orange délicieux. Au loin, nous apercevons les ultimes minutes d’un arc-en-ciel qui peu à peu, comme plus tard nos corps dans nos duvets, disparaît.

📔 Puy et Plateau du Limon

Au petit matin, le vent ne souffle plus et le ciel nous illumine d’un bleu azur. Plus aucun doute, la tempête est belle et bien passée, la météo sera à notre avantage aujourd’hui. Néanmoins, loin de nos esprits était l’idée d’emprunter des chemins non entretenus, dont certaines herbes atteignent parfois la hauteur de mes hanches. Le clocher de Saint-Saturnin sonne neuf coups quand nous arrivons, chaussures et pantalons détrempés par la rosée, à l’abreuvoir qui nous permet ironiquement un plein d’eau.

200616 – Hydratation – 45.26°N, 2.79°E

Plusieurs kilomètres durant, notre marche consiste à poser un pied devant l’autre, sans se soucier du paysage trop monotone qui défile calmement sous nos yeux. Les grands espaces que je chérie tant ne manquent pas. Ils s’accompagnent toutefois d’une épaisse couche nuageuse ainsi qu’un vent frais et humide, retirant au paysage l’équilibre de sa colorimétrie. Les plaines sont aussi silencieuses que les couleurs fades.

Inspirés par une poignée de vaches Salers qui salivent notre liberté, nous décidons d’une pause casse-croûte. Nous profitons aussi des rares mais précieux rayons de soleil pour sécher nos pieds et chaussettes encore humides de la matinée

Au plus nous nous enfonçons sur les grandes et vertes étendues du plateau, au plus le terrain devient compliqué. Les sentiers disparaissent peu à peu, le GR ayant troqué ses praticables sentiers balisés contre des prairies à la terre fraîchement déformée par le bétail.

0616 – Vers l’infini – 45.17°N, 2.75°E

📔 Col de Serre

Au col de Serre, nous trouvons un plat pour planter nos tentes. Alors que nous commençons à déballer nos affaires sur la table de pique-nique voisine, s’approche un couple, la cinquantaine, aux allures d’aventuriers. « C’est quoi le modèle de ta MSR ? Elle est solide », m’interroge Virginie ? Son compagnon, Gilles, poursuit : « Le temps a l’air de se gâter. On dort dans le camion qu’est garé là-bas. Venez donc y prendre l’apéro quand vous aurez monté vos tentes ». Dix minutes après ces échanges, la pluie s’abat sur nous. Onze minutes après ces échanges, nous sommes confortablement assis, au sec, dans le camion de Gilles et Virginie.

Gilles et Virginie
200616 – Gilles et Virginie 1 – 45.13°N, 2.7°E

Au fil de la soirée, le couple nous propose bière, vin, charcuterie, fromage, et grande assiette de pâtes. « Ça nous fait plaisir, se justifie Valérie. Vous êtes comme nos enfants ».

A vingt-deux heures, le soleil s’est couché. Le vin rouge qui coule dans nos veines nous égaye. Lorsque nous prenons congés pour aller nous coucher, nous ne sentons même plus la brume qui effleure notre visage. Demain, le Puy Mary nous attend. Si la chance nous accompagne, l’humidité aura peut-être disparu.

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📔 Puy Mary

Nous en discutions déjà la veille. Nous voulions grimper le Puy Mary ensemble. Rien n’était encore sûr mais Paul voulait la nuit avant de prendre la décision de s’arrêter. Avec une belle dépression météorologique qui poursuit sa route et un genou en difficulté, sage a été la décision de retrouver le chemin de la maison. Après de difficiles adieux sous une bruine qui donnent des airs de mauvaise comédie romantique, nous échangeons nos coordonnées et nous séparons.

Brèche de Rolland
200617 – Brèche de Rolland – 45.12°N, 2.69°E


Mon objectif pour la journée est l’ascension du Puy Mary. A priori peu difficile, il en est tout autre chose lorsque la bruine se transforme en un poisseux brouillard qui limite la visibilité à une dizaine de mètres seulement. A quelques pas du sommet, j’admets l’inutilité de mon appareil photo. J’avance presque à tâtons, dans les nuages, uniquement guidés par les rares cairns encore visibles. Lorsque je trébuche sur une table d’orientation, je réalise atteindre le sommet du Puy Mary. A peine le temps de laisser partir un cri de joie, que les nuages se relâchent. Je me tiens à 1 783 mètres d’altitude, nous sommes le 17 juin, et il neige.

📔 Repas typique de l’Aveyron

« – C’est quoi vos spécialités ici ? – L’aligot, les farsous, le gâteau à la broche, le vin du Fel ou de Marsillac ».

Charcuterie
200619 – Charcuterie – 44.84°N, 2.66°E

📔 Murols

« Pourriez-vous m’indiquer un endroit où il serait possible de bivouaquer pas loin du village », demandé-je poliment à une employée de mairie de Murols ?

Le petit village de Murols est réputé pour ses générations de forgerons, mais aussi pour les gorges du Goul et du Batut qui passent par-là. A en observer la topo 25, il s’agit d’un endroit parfait pour passer la nuit.


« Nous n’avons plus grand monde qui vit ici à l’année, reprend l’employée de mairie. La population est très vieillissante. Certains jeunes reviennent parfois, avec un projet en tête. Mais comment vraiment les motiver à revenir lorsqu’il n’y a plus aucun service ? L’accès aux soins et à l’éducation ne se fait pas de la même manière qu’en ville ici ». En effet, en arpentant les rue du village à la recherche des toilettes publiques, je réalise qu’une maison sur deux n’est pas habitée.

« Beaucoup de propriétés se transmettent par succession ici, m’avoue l’employée de mairie. Quand les grands-parents décèdent, leur maison se transforme en maison de famille pour les enfants et petits-enfants. Observez en marchant, on est à la mi- juin, les héritiers parisiens vont arriver. Durant l’été, il se passe des jours où l’on croise plus de voiture immatriculées 75 que 12 ».

Pons
Pons 44.72°N, 2.55°E

📔 Chez Pierre

Je suis fatigué. Mon ventre me fait défaut. Où bien j’ai avalé de l’eau que je peine à digérer, où bien les premières chaleurs mettent à mal mes intestins. En fin de journée, ma gourde est sèche, les rares ruisseaux qui coulent ne m’inspirent pas confiance.

Aveyron
200621 – Maison de l’Aveyron – Position inconnue

Puis je croise Pierre. « Bonjour Monsieur, vous n’auriez pas un robinet à proximité » ? Le dos légèrement courbé, il lève la tête et me propose de poursuivre mon chemin jusqu’à la maison blanche au bord de la route, la sienne, où il me rejoindra dans cinq minutes lorsqu’il aura terminé de plier ses outils.

Pierre est retraité de l’artisanat, il a construit sa vie dans la taille de pierre. Ses mains ne le trahissent pas, on peut lire à l’usure de ses doigts épais et solides des années de travail manuel. Il habite maintenant une petite maison au-dessus d’Entraygues-sur-Truyère. D’une vie simple, il aime prendre soin de son potager où il cultive une vraie passion pour la terre. Sans même lui demander, il m’emmène observer ses tomates, carottes, choux, salsifis, asperges, salades, oignons, fraises, pommes, et j’en passe. Lorsqu’il m’explique comment il est arrivé là, il emprunte une voix sage, rassurante, celle que les anciens ont l’habitude d’utiliser quand ils évoquent le passé. En arrivant devant chez Pierre, je demandais seulement de l’eau. Je reste finalement toute la soirée.

Jesus
Jesus – 44.61°N, 2.36°E

Journal de bord

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