Mont Blanc, onzième film sur les GR français 🎞

Temps de lecture : 9 minutes

📔 Itinéraire

📅 7 jours (dont un jour de pause à Chamonix)
🗺 106.8 kils
⛰️ 6 580 D+ / 6 050 D-
🥾 162 958 pas
🏕 3 nuits en bivouac, 2 nuits en abri et 2 nuits en hôtel à Chamonix
📍 Du lac de Roseland (73) à l’abri du Bossetan (Suisse), en passant par le massif du Mont Blanc
📸 Ilford HP5 Plus 400

La carte ci-dessus représente le trajet effectué aux mois d’août et septembre, entre Menton et Thonon-les-Bains.

📔 Massif du Mont Blanc/Col du Bonhomme

L’excitation est grande aujourd’hui. En route pour rejoindre Paul, je pense à la première vraie randonnée initiée deux années auparavant. C’était en juillet 2018 que Quentin m’appellait :

« – Tu fais quoi cet été ? T’as posé des congés ?
– Non, pas encore.
– Ok. Pose une semaine alors. On part fin juillet avec Arthur sur les sentiers qu’empruntent le Tour du Mont Blanc.
– De la rando ? Ce sport de vieux ? T’es sérieux ?
– Allez ! Viens et fais pas chier. C’est l’aventure, ça va te plaire ».

Il avait raison. Huit jours durant, Arthur Quentin et moi-même avons sillonné les sentiers qui entourent le majestueux Mont Blanc. Ces huit jours, je les ai vécus comme rarement l’on vit une expérience. A un tel point que deux ans plus tard, je ne cumule pas loin de quatre mille kilomètres de randonnée. Merci Quentin d’avoir changé le cours de ma vie.

Crête des Gittes à l’entrée du Massif du Mont Blanc
200908 – Crête des Gittes – 45.71°N, 6.71°E

En compagnie de Paul cette fois-ci, je suis arrivé au pied du Mont-Blanc par le refuge du col de la Croix du Bonhomme. En compagnie de Paul cette fois-ci, j’ai grimpé la poignée de marches qui mènent à la terrasse du refuge. Sur l’une des tables qui donne sur la crête des Gittes, je revois encore trois jeunes randonneurs, peu soucieux quant à l’endroit qu’il faudra trouver pour bivouaquer, et baignant dans une euphorie que seule la montagne et son relief peuvent apporter.

Plus tard, Paul m’accompagne jusqu’au col du Bonhomme. Là aussi, des souvenirs refont surface. À proximité de la petite cabane de bois dans laquelle je compte passer la nuit, je revois trois jeunes randonneurs allongés dans l’herbe, ration lyophilisée à la main, rayons de soleil sur le visage, à l’observation sans aucune lassitude des Contamines, village à une dizaine de kilomètres plus bas dans la vallée voisine, qui paraît si proche mais si loin à la fois.

Désormais assis dans cette cabane de bois dont la surface n’excède pas les trois mètres carrés, j’observe et lis les messages inscrits dans les vieilles planches de bois par les randonneurs de passage. Certains originaux ont rédigé des boutades à base de « Melon et Melèche » ; d’autres plus sobres se sont contentés d’une date et d’un prénom. On lit plusieurs langues. Français en majorité, mais aussi anglais, et parfois coréen ou japonais.

Je peine à me réchauffer. J’observe la souris qui parcourt le plancher depuis dix minutes. Sans doute cherche-t-elle aussi à se réchauffer ? Je l’imagine chez elle ici. Elle est mon hôte. Pour la remercier je lui laisserai demain avant mon départ le reste d’un bout de pain.

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📔 Massif du Mont Blanc/Les Contamines

Jour des retrouvailles avec Alix, cette vieille branche, cet ami de longue date, celui dont on n’arrive pas à se passer, qui trouve toujours les bons mots, qui permet de maintenir le sourire. Quand Brassens chantait « Les copains d’abord », il songeait probablement à un copain comme Alix.

Alix dans le Massif du Mont Blanc
200910 – Indianalix – 45.86°N, 6.78°E

Nous nous retrouvons au pied de l’un des nombreux hôtels du centre-bourg des Contamines où Alix vient de se régaler d’un petit-déjeuner montagnard. Avant de se mettre en route, nous décidons de profiter d’un instant terrasse, accompagné d’un café allongé ainsi que des doux et chauds rayons de soleil d’une matinée estivale en montagne. Après quelques anecdotes et autres souvenirs du pays, nous organisons rapidement les prochains jours.

À midi, repas au sommet du mont Truc, à 1 811 mètres, avec une prometteuse vue sur les glaciers du dôme du Goûter et peut-être du Mont Blanc. En soirée, pause au refuge de Miage. Alix choisira un lit, je préfèrerai un emplacement sur l’aire de bivouac dans les pâturages voisins. Le lendemain, cap sur les Houches, en passant par le col du Tricot. La fin d’après-midi étant prévue orageuse, nous ne perdrons pas de temps pour nous diriger vers Chamonix, où nous de réserver deux nuits en hôtel. Sur place, nous aurons la possibilité d’une soirée raclette, nos papilles prennent leur envol.

📔 Massif des Aiguilles Rouges/Chalets de Moëde

Il y a un an tout juste, Alix m’accompagnait jusqu’à Saint-Avertin, où nous avons déjeuné dans une pizzeria du centre-bourg. Peu après, je m’éloignai de la métropole tourangelle en direction de Saint-Jacques-de-Compostelle.

Ce matin, Alix m’a à nouveau accompagné, mais jusqu’à la sortie de Chamonix cette fois. J’ai échangé Saint-Jacques-de-Compostelle pour Strasbourg, mais conserve les mêmes idées : marcher et tenter de trouver des réponses à des questions que je ne me suis pas encore posées.

Confortablement installé au fond de mon Lestra, les paupières lourdement reposées sur mes yeux emplis de sommeil, je m’agite à la perception de ce qui semble être des sons de cloche. Un rêve sans doute ? Je réalise que non lorsque j’entends une profonde respiration, celle d’une bête qui doit bien mesurer la taille de quatre hommes. Les yeux désormais grands ouverts, je reprends mes esprits et me souviens des vaches croisées en contrebas des chalets devant lesquels j’ai monté mon camp. Je trouve confirmation quand à la lueur de ma frontale je passe ma tête à travers la porte de la toile pour rencontrer le regard brillant de ces braves bêtes. Cloche suspendue au cou, le son qui pour certains rappellent de belles balades en montagne devient pour moi un enfer. A deux heures du matin, la discrétion est une qualité que les vaches peinent à valoriser.

Par crainte que l’une d’entre elle pénètre dans la minuscule enceinte de l’enclos derrière lequel je suis installé, je me hâte vers l’extérieur pour jouer du bâton et tenter de fortifier la sommaire installation filaire qui m’entoure. À l’issue d’un manège qui m’occupe une demie heure, je suis enfin satisfait de mes fortifications et m’octroie du repos. Le ciel qui repose sur les cimes des montagnes voisines est fascinant. Chaque étoile brille, la voie lactée s’étale. De temps à autre, une lumière filante apparaît aussi vite qu’elle disparaît. Le manteau de lumière qui recouvre la Terre s’étend à l’infini, vers tous les points cardinaux. Du velour. Ma montre affiche désormais trois heures. En définitive, les vaches ont quitté les lieux. Je vérifie malgré tout mon installation avant de retourner dans les bras de Morphée.

Autoportrait devant le massif du Mont Blanc
200913 – Autoportrait – 45.98°N, 6.8°E

📔 Fer à Cheval/Le fond de la Combe

J’ai décidé de modifier mon itinéraire pour emprunter le sentier qui serpente dans cirque de Fer à Cheval. Mon itinéraire prévoyait un passage par Samoëns. J’ai finalement préféré le bucolique amphithéâtre de calcaire, animé en cette fin de saison par de nombreuses cascades qui trouvent leurs sources dans les glaciers ayant survécus à la torpeur estivale.

A l’instant, je viens de planter ma tente sous le doux son des ces susnommées cascades. Peu de temps m’est nécessaire pour comprendre que je suis installé dans l’un des lieu les plus poétiques de mon voyage. Mes yeux roulent sur les longues falaises qui définissent cette vallée ; je rêvasse et me demande si Arthur Conan Doyle avait bivouaqué ici avant la rédaction du Monde Perdu.

📔 Fer à Cheval/Bout du Monde

Je suis passé par le Bout du Monde ce matin. Du moins c’est ce qu’indique la carte. Perdu entre deux gigantesques masses calcaires sur lesquelles s’écoulent torrents et cascades, le Bout du Monde est la voie sans issue qui termine la vallée de Fer à Cheval. Juché à mille cent mètres au-dessus du niveau de la mer, l’endroit semble tout droit sorti d’un récit d’aventures.

Chalet du Boret
200914 – Chalet du Boret – 46.1°N, 6.85°E

La vue qui s’offre aux randonneurs ayant eu le courage de marcher jusque-là est le fruit d’un savant mélange des éléments. Les arbres, feuillus en majorité, côtoient les cours d’eau qui proviennent des glaciers de Prazon, de Ruan, ou de Folly. Le manteau de neige qui habille en hiver la vallée laisse apparaître en été une roche d’un gris pur, aisément friable, caractéristique du calcaire qui règne en maître ici. 

Bout du Monde
200914 – Bout du Monde – 46.11°N, 6.86°E

📔 Fer à Cheval/Refuge de la Vogealle

« Regarde donc là-haut. Tu vois ces immenses bêtes ? Ce sont des Gypaètes barbus. Ils sont une des quatres espèces de vautour. Les plus grands mesurent jusqu’à trois mètres d’envergures. Avant, on racontait qu’ils capturaient les enfants ». Le gardien du refuge de la Vogealle prend un air grave quand il se lance dans une tirade concernant le majestueux rapace. « On surnomme le Gypaète le casseur d’os. Tu sais pourquoi ? Parce que pour se nourrir, il récupère les os des charognes, les emmènent à cent mètres au-dessus de la terre, pour les lâcher et les casser comme des noisettes », poursuit-il.

Je pensais m’arrêter cinq minutes pour remplir ma gourde, je reste finalement une demie heure, le soleil sur la figure, à écouter le gardien du refuge. Il poursuit et précise que le charognard n’a pas toujours été le bienvenu dans le coin. En plus des dangers que représentent les installations humaines, câbles, télésièges, et autres constructions suspendues considérées comme obstacles par les volatiles, le Gypaète a par sa taille été perçu comme un animal maléfique. « Tu imagines, toi, un oiseau de trois mètres qui te vole au dessus de la tête, si tu vivais dans le siècle précédent, à la montagne ? Avant, on n’y connaissait rien, on avait peur. Je t’ai déjà parlé des enfants. Les paysans racontaient aussi que les Gypaètes poussaient les vaches dans les précipices », dit-il sourire en coin.

Il conclut en ajoutant que la chasse est désormais interdite, et que le programme de réintroduction mené depuis les années quatre-vingt porte ses fruits. « Je dirais qu’il y en a trois cent dans les Alpes maintenant. J’espère qu’on en aura encore plus, ils ont leur place dans la chaîne alimentaire, et ils nettoient nos vallées des charognes de bouquetins ou mouflons perdus dans les pierriers ».

Quand la conversation s’achève, je tente de photographier l’un d’entre eux. Malheureusement, l’heure a tourné. Peut-être survolent-ils une autre vallée ? En attendant, j’utilise la dernière pose de mon ultime pellicule pour capturer les drapeaux de prières suspendus entre deux poteaux. Avec un peu de chance, le vent portera les formules sacrées jusqu’aux oreilles des Gypaètes.

Drapeaux de prières
200914 – Drapeaux de prières – 46.11°N, 6.84°E

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