La GTJ, ou la Grande Traversée du Jura

Nous sommes fin 2019. Je commence à préparer un trek pour le Maroc quand Arthur me fait signe. Il prévoit d’ici quelques semaines de partir dans le Jura, plus précisément sur la GTJ, aka la Grande Traversée du Jura.

Je ne connais pas grand chose de cette grande traversée. Je sais seulement qu’en hiver, on risque d’avoir froid. Nous avions prévu notre départ à Métabief, pour une arrivée quelques jours plus tard à Giron. Soit, une grosse centaine de kilomètres, un peu plus de 2000 D+, et théoriquement en raquettes puisque à cette période de l’année, l’ensemble du Jura est recouvert par un grand manteau de neige.

Finalement, à cause d’une météo exécrable (plus d’un jour sur deux, la pluie a remplacé la neige), nous avons réduit notre sortie à quatre jours, pour une arrivée à Morez, à côté de la célèbre ville fromagère de Morbier.

Itinéraire

📅 4 jours
🥾 67.2 kils
📍 De Métabief à Morez

💡 Les liens utiles :

  1. L’association de la GTJ
  2. L’indispensable GéoPortail

📅 Jour 1

🥾 18 kils
📍 De Métabief à 46.71061, 6.22822

Il est 09 heures quand nous quittons un hôtel que nous avions peiné à trouver la veille, à quelques kilomètres de Métabief. Le temps est maussade, mais il ne nous empêchera pas de nous rendre sur cette fameuse Grande Traversée du Jura que nous attendons tant.

A Métabief, nous passons par l’office du tourisme pour prendre quelques informations. L’hôtesse, très aimable, nous sort une belle carte, nous montre les chemins à suivre, et nous explique qu’il est obligatoire de s’acquitter de 25 euros pour un pass qui nous permettra de circuler sur la GTJ. Je regarde Arthur, Arthur regarde l’hôtesse, l’hôtesse me regarde, on paie nos 25 euros. En fait, ces frais auxquels nous ne sommes pas vraiment habitués en France permettent la gestion de la Grande Traversée du Jura. L’entretien des chemins et du balisage, la prévention, la communication, n’en sont que quelques exemples.

Nous commençons officiellement à marcher vers 10.30. Le temps est toujours autant menaçant mais ne nous empêche pas pour autant d’avancer. Comme indiqué par l’hôtesse quelques minutes auparavant, nous suivons le chemin indiqué en jaune sur notre carte. IRL, il est balisé par des poteaux jaunes plantés au sol, ou par des fanions jaunes eux-aussi, accrochés aux branches.

Tout au long de la journée, nous poursuivons notre marche. En fin de matinée, nous atteignons le haut de la station de Métabief ; pour déjeuner, nous nous installons à l’abri de quelques arbres le temps d’une ration lyophilisé . En courant d’après midi, nous longeons les falaises de Mont-d’Or. En fin d’après-midi, la pluie s’abat sur nous.

A défaut d’avoir trouvé un abri sous lequel nous protéger de la pluie, nous montons notre tente une bonne heure avant la tombée de la nuit , dans un chemin où la nature semble reprendre ses droits. Ici, la neige est inexistante. Avec Arthur, nous nous demandons encore si les photos de la Grande Traversée du Jura enneigée que nous avions vu sur Instagram n’ont pas été prises dans un autre monde.

📅 Jour 2

🥾 16.6 kils
📍 De 46.71061, 6.22822 au Refuge du Pré-d’Haut

Nous nous réveillons sous la pluie. La tente est humide mais le froid ne nous atteint pas grâce à ces duvets -14 degrés qui font clairement notre bonheur. Mais quoi qu’il advienne, il est temps de bouger. Malgré la fine pluie qui passe à travers les branches des arbres qui nous protègent, nous plions la tente et nous remettons en route.

Pendant une heure trente, la pluie nous tombe sur les épaules. En l’espace de quelques minutes, nous sommes complètement détrempés. En l’espace d’une heure, nous commençons à avoir froid. A ce moment, il n’y a pas d’autres solutions, nous devons trouver un abri pour nous réchauffer.

De cette manière, nous mettons les pieds dans un troquet de station de basse altitude, où le gérant nous prend franchement en peine. Nos vêtements dégoulinent d’eau. Nous sommes congelés. Très gentiment, le patron nous propose de passer nos affaires au sèche-linge, et de nous assoir au comptoir le temps d’un café.

Dans l’après-midi, nous décidons malgré la pluie de remettre les pieds dehors. Cette fois-ci, un peu mieux équipés puisque nous portons des sacs poubelles autour de nos sacs et de nos fringues non protégées de l’eau, nous nous sommes fixés comme objectif le refuge du Pré-d’Haut, à une dizaine de kilomètres de là. Je le conçois, c’est pas très bivouac comme plan. Mais notre équipement n’ayant pas totalement séché, notamment la tente et les duvets, nous préférons jouer la carte confort.

Et finalement, nous ne regrettons en rien cette carte confort. Il pleut toute l’après-midi et le peu d’équipement qui avait séché lors de notre pause se retrouve à nouveau détrempé.

📅 Jour 3

🥾 18.4 kils
📍 Du refuge du Pré-d’Haut à 46.52563, 6.08884

La veille, lors d’un repas à base de Mont-d’Or proposé par le refuge du Pré d’Haut, nous avons fait la rencontre de suisses qui comme nous ont profité d’un grand week-end pour passer un peu de temps au vert. Ce matin, nous empruntons la même direction, nous décidons de parcourir quelques kilomètres ensemble.

Cime des arbres sur la Grande Traversée du Jura

La pluie a complètement cessé aujourd’hui. Pour la première fois, nous marchons au sec. Par contre, la pluie a laissé place à un froid qui, lors de nos pauses, nous attaque jusqu’à la moelle.

Nous entreprenons une pause déjeuner à Chapelle-des-Bois, dans un petit magasin de sport qui laisse à disposition des randonneurs un espace chauffé où l’on peut y manger son sandwich. Le tenancier propose des cafés, nous restons ainsi une bonne heure, le temps nécessaire pour retrouver des forces.

Nous repartons en début d’après-midi, en direction de la frontière Suisse où nous espérons trouver un lieu pour bivouaquer. Sur les topo cartes IGN, nous avons repéré plusieurs cabanes non gardées. Avec un peu de chance, elles disposeront d’un poêle et de quelques bûches pour nous tenir chaud.

Au fil du chemin, nous passons une par une les cabanes que nous avions repérées un peu plus tôt. Mais à la différence des autres jours, nous marchons enfin sur la neige. Donc pourquoi ne pas y dormir non plus ? Une fois arrivés à la dernière cabane que nous avions notée, nous préférons finalement nous installer sur une clairière enneigée à proximité, au pied d’une petite falaise et de l’orée d’un bois de pins. Il fait un peu froid, mais on est bien.

📅 Jour 4

🥾 14.2 kils
📍 De 46.52563, 6.08884 à 46.51801, 6.01255 (proche Morez)

J’ai froid. Je ne cesse de me réveiller durant la nuit. Ce matelas de sol que je chéris tant est idéal en toutes circonstances (Norvège, Maroc, Saint Jacques de Compostelle), mais pas pour des nuits sur la neige où les températures négatives te rappelle qu’il est important de prendre un maximum de précautions pour minimiser au mieux les risques d’une sortie. Comme par exemple, prévoir un matelas qui dispose d’une R-Value suffisante pour t’isoler correctement du froid (à noter, une gros duvet n’est pas des plus efficace si l’isolation au sol n’est pas suffisante).

Peu importe, il faut qu’on avance. Au lever, il fait toujours aussi froid. Nous rangeons chacun nos affaires tout en bougeant un maximum pour réchauffer nos corps. J’avais envie de lancer un café pour profiter une dernière fois de cette clairière mais non, pas possible, il fait trop froid.

A l’issue de presque deux heures de marche, nous atteignons la ville des Rousses. Tout juste à temps d’ailleurs, puisque sur les cent derniers mètres, une pluie comme celle que nous avions subit il y a deux jours s’abat sur nous. Par chance, nous arrivons à trouver refuge dans la mairie, où l’accueil nous propose de sécher nos affaires dans le grenier du bâtiment. Une fois encore, je me laisse surprendre par la gentillesse des personnes que l’on peut rencontrer sur un trek. Quelque soit la destination, cette gentillesse est bien l’un des dénominateurs communs de l’activité.

Alors que nos affaire sèchent au grenier de la Mairie, nous décidons de nous installer pour déjeuner dans un troquet voisin. C’est aussi le temps de faire un point sur notre parcours, et surtout la météo. Pour les jours qui viennent, il est prévu de la pluie, beaucoup de pluie. Nous échangeons avec des locaux qui nous confirme ce que nous pensions : la Grande Traversée du Jura en raquettes cette année, il n’est pas nécessaire d’y penser. Par contre, en botte en caoutchouc, c’est jouable. A priori, la météo depuis le début de la saison sur le Jura est « dégueulasse ». Une grande partie des chemins balisés GTJ sont boueux comme jamais, à tel point que l’on nous conseille d’emprunter des départementales si nous souhaitons atteindre Giron.

Une courte réflexion nous suffit alors pour écourter notre séjour, et finir à Morez, situé à une petite dizaine de kilomètres des Rousses, plutôt qu’à Giron, situé à 3 jours de chemins boueux, sous la pluie. Nous reprenons ainsi notre marche en courant d’après-midi pour trouver un lieu de bivouac sur les hauteurs de Morez. Demain, nous n’aurons qu’à descendre au village pour attraper un train et rentrer à la maison.

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