Lac Gjende

Jothuneimen en une semaine

Temps de lecture : 12 minutes

Fort d’une première expérience dans le plus vieux parc national de Norvège, nous avons décidé de poursuivre notre périple dans un second parc national. Cette fois-ci, nous avons jeté notre dévolu sur le parc de Jotunheimen. Connu par les Norvégiens pour être le parc de Norvège qui compte le plus de sommets au-delà des 2 000 mètres d’altitude, il est aussi connu des marcheurs pour sa célèbre randonnée sur le Bessegen, ou encore pour sa multitude de sentiers balisés qui permettent de préparer des randonnées à la journée comme des treks sur plusieurs semaines !

Pour nous, ce sera un trek d’un peu moins de sept jours. Nous avons choisi de partir du refuge de Gjendesheim pour des raisons logistiques : en plus d’être situé au cœur du parc de Jotunheimen, le refuge est desservi via une ligne presque directe par un bus en provenance d’Otta (la ville qui nous a servis de camp de base pour nous ravitailler et nous acheter des vêtements contre la pluie à l’issue de notre trek à Rondane).

Itinéraire

📅 6 jours (dont une journée de pause sous la pluie)
🥾 58 kils
🏔 1835 D+ / 1835 D-
📍Au cœur du Jotunheimen, du refuge de Gjendesheim (61.49463, 8.81212) au ferry de Gjendebu (61.45349, 8.49937)

🚌 Jotunheimen est globalement bien desservie par les bus. L’arrêt de bus du refuge de Gjendesheim est desservi par plusieurs lignes. Il est possible de trouver un itinéraire facilement depuis l’application EnTur, ou directement sur place via les offices de tourismes. Il est possible de prendre les billets directement auprès du chauffeur. Aussi, nous vous conseillons de vous renseigner sur les tarifs étudiants, souvent intéressants !

Pour information, les coordonnées GPS fournies dans ce billet sont approximatives. N’ayant pas l’équipement adéquat, nous nous sommes contentés d’une carte et d’une boussole seulement pour les obtenir. N’hésitez pas à copier/coller les coordonnées dans Google Maps si vous désirez vous y rendre!

💡Les liens utiles :

  1. Pour se rendre facilement à Jotunheimen
  2. Obtenir un rapide aperçu du parc
  3. Préparer sa randonnée

📅 Jour 1

🥾 7 kils
🏔 350 D+ / 275 D-
📍 Du refuge de Gjendesheim (61.49463, 8.81212) au lac Russvatnet (61.55679, 8.79354)

Lorsque nous arrivons à Jotunheimen, notre première impression se trouve à des années-lumière de celle que nous avions expérimentée dix jours auparavant en arrivant à Rondane. Il est un peu plus de quinze heures quand nous descendons du bus et que la foule nous envahit : des Norvégiens bien évidemment, mais aussi des Français, des Américains, des Russes… Un vrai melting-pot qui fait de ce lieu un semblant de Disney World plutôt qu’un véritable parc naturel.

Nous nous réfugions hâtivement à l’arrière d’un restaurant pour déguster des instant noodles, parfumées au bœuf. Depuis ce spot, notre première impression ne change toujours pas : nous observons avec stupéfaction le sentier que nous comptons emprunter pour le démarrage de notre trek. Il pullule de randonneurs en tous genres, de l’ultra trailer au marcheur du dimanche.

Enfin, le temps passe vite et il s’agit de partir. Nous avalons un peu de D+ pour finalement bifurquer, au bout d’une heure de marche, sur un autre chemin, moins emprunté des masses, et dont les points de vue s’avèrent bien plus intéressants.

Une fois encore, les paysages sont uniques. De belles montagnes, parfois enneigées, des cours d’eaux, des lacs, et quelques cabanes. Nous voilà à nouveau dans la brousse norvégienne.

Après deux heures trente de sentiers dans ces paysages typiques, accompagnés d’une petite pluie, nous installons notre camp sur la terrasse d’une cabane, au bord du lac Russvatnet. Le toit qui vient couvrir la terrasse nous protégera de la pluie pour la nuit qui arrive. Nous rencontrons sur place deux bergers qui, parce que c’est plus simple ici, préfèrent les voies navigables aux voies terrestres pour se déplacer. Une fois leur barque amarrée sur l’un des rares pontons du lac, ils viennent chercher un abri sur « notre » terrasse. Nous échangeons quelques mots. Ils nous expliquent qu’ils détiennent deux cent moutons sur l’ensemble du parc, qu’ils partagent avec leurs animaux des snacks (qui s’avèrent être des granulées) pour rendre le bétail plus heureux, et qu’ils doivent rentrer parce que madame a sans doute fini de cuisiner.

La montre affiche vingt-deux heures. Nous nous installons confortablement dans nos duvets. Cette nuit sera la première nuit sous la pluie.

📅 Jour 2

🥾 14 kils
🏔 585 D+ / 310 D-
📍 Du lac Russvatnet (61.55679, 8.79354) à la vallée de Veodalen (61.60643, 8.61884)

Réveil à six heures pétantes ! Lors de la préparation de notre itinéraire, la météo locale indiquait une reprise des averses sur l’ensemble de Jotunheimen à partir de onze heures. L’idée de ce réveil très trop matinal est d’éviter la pluie. Mais bon, à l’instar de beaucoup de prévisions météorologiques en montagne, nos renseignements n’étaient pas justes : après une nuit bien pluvieuse, la matinée se déroulera sous les averses. Et le vent. Au top.

Si la pluie nous affaiblit sur cette matinée (marcher plusieurs heures dans le froid et l’humidité n’est définitivement pas terrible pour le moral), elle laisse toutefois apparaître des paysages intéressants que l’on croirait tout droit sortis de l’imaginaire de Tolkien.

C’est en toute fin de matinée seulement que le mauvais temps commence à se dissiper. Abrités du vent derrière un rocher, nous prenons tranquillement le temps de nous reposer autour d’une ration lyophilisée. Je pense qu’il n’y a qu’une chose qui peut vraiment redonner le sourire face au vent et à la pluie : un repas chaud. Le temps d’avaler quelques calories, le ciel tend à se bleuir. Il est un peu moins de treize heures quand nous reprenons la marche, sous un ciel un peu plus dégagé et moins pluvieux.

Nous atteignons le refuge de Glitterheim dans l’après-midi. À l’image des autres refuges que nous avons pu visiter, Glitterheim propose une grande salle commune, chauffée, où des tables, fauteuils et canapés sont installés autour d’une cheminée. Vous me voyez venir ? Nous faisons de cette salle notre salle de sieste pour l’après-midi : deux heures de sommeil, au chaud, sur des canapés moelleux comme jamais.

Sur les coups de dix-huit heures, et après s’être battus avec nous-mêmes pour retrouver le courage de mettre les pieds dehors, nous décidons de repartir pour moins d’une heure de marche, en vue de trouver un spot pour la nuit.

Ce spot, nous l’aurons. Sans le savoir, nous nous installons dans la vallée de Veodalen qui est une vallée où l’on croise très régulièrement des rennes. Nous n’en profitons pas dans la soirée. Peut-être aurons-nous plus de chance demain.

📅 Jour 3

🥾 14 kils
🏔 200 D+ / 550 D-
📍 Vallée de Veodalen (61.60643, 8.61884) au refuge de Spiterstulen (61.62484, 8.40452)

Après une douce nuit au son du battement des ailes des moustiques qui nous ont attaqués toute la nuit (note pour plus tard : ne pas s’installer à côté d’une tourbière), nous avons repris la route assez rapidement pour s’éviter les averses prévues en fin de journée. Au programme, peu de D+, beaucoup de D-, et moins d’une quinzaine de kilomètres. Un vrai bonheur. Ou plutôt, une journée comme les autres dans Jotunheimen.

Cette matinée sera la matinée de la rencontre locale. Pour la première fois de notre voyage, nous croisons une forme de vie différente des moutons, moustiques et touristes : alors que nous sommes à une heure de marche de notre campement, Jeanne se retourne brusquement et me pointe du doigt le flanc de montagne. En tournant la tête, j’aperçois au loin, un, puis deux, puis tout un troupeau de rennes qui descend la vallée. Sans perdre de temps, nous sortons les jumelles pour profiter des animaux. Au final, pas loin d’une dizaine de rennes montrent leur nez et dévalent le flanc de montagne à toute allure. Un spectacle somme toute agréable qui nous laisse bouche bée.

Nous atteignons le col de Velsglupen entre treize et quatorze heures. Grimper ne nous aura pas demandé d’efforts particuliers, mais le vent qui s’engouffre dans le col nous refroidit un peu trop vite et nous rappelle que nous marchons depuis bientôt dix jours et, qu’en conséquence, la fatigue peut facilement reprendre le dessus.

La descente sera longue, surtout pour le moral. La majorité du sentier est balisée sur de la roche, qui rend la marche plus technique et surtout douloureuse pour les articulations. On n’est pas venu ici pour souffrir, OK ? Néanmoins, avant la dernière pente qui nous amènera au refuge de Spiterstulen, nous avons pris le temps d’observer un panorama particulièrement magnifique. Face à nous, on peut apercevoir un glacier qui culmine à plus de 2000 mètres d’altitude et dont ses extrémités, en certains points, se transforment en cours d’eau. Un peu plus bas en altitude, la forêt reprend ses droits sur les paysages rocailleux, où le lichen est souvent la seule rare forme de vie. Enfin, dans le creux de la vallée, s’écoule une longue et sinueuse rivière qui dégage une humidité abondante, à l’origine d’une brume qui laisse au décor une signature d’un genre mystique.

Ce soir, nous décidons de rester au refuge de Spiterstulen. En effet, la pluie a entièrement gagné la vallée, et il est prévu qu’elle ne cesse qu’à partir de demain soir. Le refuge, très connu à Jotunheimen, se compose de plusieurs grands chalets : la principale qui abrite la salle commune (feu de cheminée, bières, fauteuils et canapés) ainsi que la salle de restaurant ; les autres chalets sont en majorité des dortoirs quand ils ne sont pas des locaux techniques.

🍺 Lom, bourgade de quelques milliers d’habitants, mais aussi porte d’entrée pour le parc de Jotunheimen, dispose de sa propre microbrasserie. Pour la modique somme de 12 euros (50 cl), nous avons pu profiter au refuge d’un breuvage houblonné, somme toute agréable après une longue journée de marche.

📅 Jour 4 – Pause à Spiterstulen

🥾 0 kils
🏔 0 D+ / 0 D-
📍 Refuge de Spiterstulen (61.62484, 8.40452)

Peu de choses à raconter. Il pleut toute la journée. Du coup, nous en profitons pour nous ressourcer. Nous prendrons malgré tout une petite heure pour se balader sur les flancs des montagnes qui nous entourent.

Le soir venu, nous partageons la table de notre repas avec un groupe de Suédois, dont la recette de leur repas rendrait fou de rage chef Etchebest.

À lire aussi :

📅 Jour 5

🥾 15 kils
🏔 560 D+ / 220 D-
📍 Refuge de Spiterstulen (61.62484, 8.40452) à la vallée de Storåe (61.49531, 8.38987)

Il est dix heures lorsque nous terminons notre copieux petit-déjeuner (à noter, les refuges fournissent des formules petit-déjeuner sous forme de buffet, compris entre 15 et vingt euros. Outre la possibilité de se goinfrer pour trois mille calories, il est possible de préparer des sandwichs à emporter pour son lunch). C’est ainsi que la panse bien remplie, ajoutée à l’apparition d’un ciel bleu et d’une nuit sur de vrais matelas nous commençons à étudier notre itinéraire pour la journée.

Il nous reste vingt-trois kilomètres jusqu’au ferry qui nous transportera jusqu’au refuge de Gjendesheim. Nous préférons toutefois scinder l’étape en deux jours puisque nous rejoignons des amis, dans deux jours justement, pour l’ascension du Bessegen, mythique randonnée dans le parc de Jotunheimen. Nous repérons sur la carte un spot, proche de lacs et rivières, qui semble plat, et qui se situe à 8 kils du ferry. Ce sera notre objectif pour la journée.

La reprise est plutôt agréable. Les 560 mètres de D+ prévus se font sans encombre. À croire que nous commençons à nous tailler un vrai physique de randonneur !

À midi, nous avons accompli plus de la moitié du chemin. En récompense, nous décidons de nous installer derrière un rocher pour nous couvrir du vent et donc, déguster en toute tranquillité nos sandwichs fraîchement préparés lors du petit-déjeuner de ce matin.

Nous poursuivons notre randonnée dans l’après-midi, en prenant le temps d’observer les paysages montagneux qui nous entourent. Assez haut en altitude, les neiges et glaciers recouvrent souvent certains flancs de montagne. Jotunheimen nous semble tellement grand vu d’ici.

Le plus compliqué arrive finalement à dix-huit heures, soit une heure après l’installation de notre bivouac. Le cinquième de millimètres de pluie prévu entre dix-huit et dix-neuf heures se transforme en une pluie battante, qui durera jusqu’au lendemain matin. L’angoisse. Pour rester à l’abri de l’humidité, nous cuisinons pour la première fois sous la tente (à celui qui s’aventure dans une expérience similaire : attention à ne pas faire le con avec le gaz sous la tente). À l’issue de ce repas, nous comprenons à quel point le soleil est agréable et que chacun de ses rayons s’avère être une réelle bénédiction.

Il est vingt-deux heures et la pluie tombe toujours. Je m’endors.

📅 Jour 6

🥾 8 kils
🏔 0 D+ / 480 D-
📍 Vallée de Storåe (61.49531, 8.38987) au ferry de Gjendebu (61.45349, 8.49937)

Après une nuit passée sous la pluie, nous nous réveillons tranquillement en vue de terminer notre boucle. Malgré l’humidité qui a gagné l’intérieur de nos chaussures durant la nuit (un vrai plaisir quand il s’agit de se chausser), le profil de la marche qui nous attend nous réconforte : peu de kilomètres et l’absence de D+.

Au fil de notre avancée, cette dernière partie que nous pensions si facile s’avère en fait plus compliquée que prévu. Avec un ciel dégagé et une température qui augmente de manière exponentielle, la pluie tombée la veille s’évapore et transforme l’atmosphère en un air aussi étouffant que celui d’une jungle tropicale. Les quelques calories absorbées lors de notre rudimentaire petit-déjeuner, composé d’une demi-pomme et de quelques biscuits, ont presque toutes été consommées. Aussi, un troupeau de vaches mal attentionné tente de nous barrer le passage. En bref, il fait chaud, moite, nous avons faim, et un bœuf guète le moindre de nos mouvements.

À l’issue de trois longues heures de marche, nous rejoignons le refuge de Gjendebu. Nous nous installons au soleil pour sécher la tente, déguster un bon plat d’instant noodles parfum bœuf, et s’offrir une glace Magnum de contrefaçon à 30 NOK. Une bien belle récompense après tant d’efforts.

En soirée, nous avons prévu de rejoindre des amis pour s’attaquer, le lendemain, à l’ascension du Bessegen. Sans plus tarder, nous nous dirigeons alors vers l’embarcadère du ferry à quelques minutes à pieds du refuge qui, en l’espace d’une demi-heure, nous transportera à travers le lac Gjende pour rejoindre le refuge de Gjendesheim. Après une semaine de marche, nous avons terminé la première partie de notre visite de Jotunheimen.



📸 Photographies par Jeanne et Simon

Commentaires

2 réponses à “Jothuneimen en une semaine”

  1. […] à mi-chemin de notre périple scandinave. Pour conclure notre passage au sein du parc national de Jotunheimen, nous sommes rejoins par des amis qui ont pris quelques jours pour les vacances d’été. […]

  2. […] ultime semaine en Norvège, nous avons décidé de changer d’ambiance par rapport à Rondane et Jotunheimen. Notre choix se porte sur un nouveau trek autour du Trolltunga, un lieu mythique, mais bien plus […]

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.