En route sur les GR français – Premier film 🎞️

Temps de lecture : 7 minutes

📔 Itinéraire

📅 5 jours
🗺 97.1 kils
⛰️ 3 500 D+ / 2 770 D-
🥾 152 022 pas
🏕 4 nuits en bivouac et 1 nuit en abri
📍 Du Puy-de-Dôme (63) à Regheat (15)
📸 Kodak Black & White 400TX

La carte ci-dessus représente le trajet effectué aux mois de juin et juillet, entre le Puy-de-Dôme et Saint-Rémy-de-Provence.

📔 Gare de Nevers

La montre indique neuf heures passées lorsque je m’installe sur l’un des bancs de l’entrée de la gare de Nevers. Seul, je regarde fixement l’hôtel qui se dresse devant moi. Ses vieux murs portent fièrement le nom d’Hôtel Moderne. Je pèle une banane et attends le prochain train pour Clermont-Ferrand. Parfois, les rares rayons de soleil transpercent l’épaisse couche nuageuse qui survole la France depuis le début de matinée. Malgré les marginaux qui canette de bière à la main viennent animer la place de la gare, je suis toujours aussi seul.

200611 – Hotel Moderne – 46.99°N, 3.15°E

Je me suis réveillé tremblotant ce matin. Ma nuit a été très trop courte. L’idée de me lancer dans un périple de six cent kilomètres m’a occupé l’esprit une bonne partie de la nuit. Hier soir, lorsque les copains quittaient mon appartement pour la dernière fois de l’été, ils avaient raison. A la question : « Tu as le trac ? », je pense avoir menti quand je leur ai répondu que non.

📔 Puy-de-Dôme

Je ne tarde plus. Le temps se veut menaçant. Il ne s’agit que d’une poignée de minutes avant que l’orage n’éclate. J’aimerais bien atteindre le sommet du Puy-de-Dôme avant que le ciel ne me tombe sur la tête (le département du Puy-de-Dôme vient officiellement de passer en vigilance orange ; je ne le sais pas encore mais dans les vingt-quatre heures qui vont suivre, vont tomber six centimètres d’eau, soit l’équivalent de plusieurs mois de pluies).

Puy-de-Dôme
200611 – Puy-de-Dôme – 45.77°N, 2.96°E

Pour grimper, j’emprunte ce que deux gardiens croisés au pied du volcan appellent le « Sentier des Chèvres ». Je ne retrouve pas ce chemin sur mes cartes mais qu’importe, le nom est rigolo, et les gardiens m’inspirent confiance. En route vers les 1 465 mètres du sommet du Puy-de-Dôme, les difficultés de la randonnée en montagne (même moyenne) ressurgissent. Finie la platitude des plaines et forêts du GR1, bienvenus aux dénivelés qui en cette première journée de marche s’imposent comme le pire ennemi de mon cœur, mes poumons et mollets.

📔 Saulzet-le-Froid

Le Puy-de-Dôme derrière moi, je traverse plusieurs bourgades, la Garandie, Saulzet-le-Froid, dans lesquelles j’espère trouver une boulangerie pour m’offrir le confort d’un petit-déjeuner. En vain. Je me demande si je traverse ce que les géographes appellent la diagonale du vide. Nous sommes un dimanche certes, mais les rares commerces qui semblent ouverts en semaine se comptent sur les doigts d’une main. Au contraire, très nombreux sont les bâtiments en état de délabrement, qui laissent apparaître des inscriptions que les plus nostalgiques d’entre-nous savourent avec plaisir. Au coin de certaines rues, d’anciens panneaux indiquent que le prochain village se situe à dix kilomètres, quand d’autres vieilles inscriptions font comprendre qu’une boulangerie, qu’une boucherie, qu’une quincaillerie ou je ne sais quel autre commerce de proximité animait jadis la vie de ces villages aujourd’hui dépourvus de toute activité économique.

200612 – Piscine volcanique – 45.59°N, 2.85°E

Au cours de l’après-midi, je rencontre quelques locaux. Ils s’expriment avec un accent difficilement compréhensible, et bien différent de celui que l’on entend dans les grandes villes. Mais à la différence des citadins, les « campagnards » et « paysans » croisés en chemin arborent un sourire qui me permet d’oublier, l’espace de minuscules instants, la météo capricieuse. Ces malicieuses expressions du visage réchauffent comme un bon café servi lors d’une froide matinée d’hiver. Elles demeure trop rares, mais tellement efficaces.


Je me permets d’imaginer la vie de ces personnes, la raison de leur joie. J’imagine qu’ils mènent une vie des plus simples, loin des préoccupations qu’apportent la vie en ville. Ici, il ne s’agit pas d’être tendance, de fréquenter les plus beaux musées, de partager les plus élaborés cocktails, de dîner dans les plus chics restaurants. Ici, il s’agit d’être et de ne pas paraître. Ici, il s’agit d’apprécier la vie comme elle arrive, avec son lot de bonheur et de malheur. Mais ici, il s’agit parfois de survivre plutôt que de vivre.

📔 Mont-Dore

Lors de ma descente vers Mont-Dore, j’abandonne moult volcans dont je vous épargnerai l’énumération, ainsi que la Grande Cascade, lieu emblématique de la vallée (dixit l’office touristique). Cette Grande Cascade est une chute d’eau d’une dizaine de mètres dévalant sur des roches volcaniques et sombres comme on en trouve dans la région. Je m’y installe quelques instants, le temps d’apprécier le bruit de l’eau et d’observer quelques limaces venues s’y rafraîchir.

La Grande Cascade 45.57°N, 2.82°E

A Mont-Dore, j’observe avec amusement les gigantesques thermes dont l’architecture néo-byzantine (merci Wikipedia) dénote des autres bâtiments. Les rues sont presque vides, j’y croise seulement quelques commerçants qui installent leurs étals.

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« Je ne sais pas si la saison va être bonne, m’indique le charcutier chez qui je me suis arrêté. L’année dernière, la neige a manqué en hiver et la météo du mois d’août était dégueulasse. Cette année, avec ce fichu virus, on est tous à cran ». Le charcutier, un homme fort qui semble tout autant passionné par ce qu’il vend que par ce qu’il mange, m’explique que Mont-Dore a connu des jours meilleurs. Il ne s’inquiète pas vraiment pour son commerce. Il est « commerce de bouche » comme il le précise, et « les gens auront toujours besoin de manger ». Au contraire, ses voisins qui vendent du matériel de ski « sentent la faillite arriver comme on sent les odeurs de fondues au début de l’hiver ».

📔 Puy de Sancy

200614 – Volcans décédés – 45.53°N, 2.8°E

Au plus je prends de l’altitude, au plus je m’extasie devant les paysages qui s’amènent à moi. Pour la première fois depuis Clermont-Ferrand, je démarre une journée sous un magnifique ciel bleu. Le soleil qui brille au loin éclaire avec reflets l’immense tapis de verdure sur lequel je marche. Des fleurs, jaunes, bleues, violettes, parsèment les grandes étendues vallonnées voisines, et ne viennent que rajouter du charme à ce spectacle déjà somptueux.

Je ne suis ni pressé par le temps, ni pressé par la pluie. J’avance lentement pour contempler cette montagne volcanique. A chaque enjambée, je gagne en altitude. Avec mes vingt kilogrammes sur le dos, je me sens comme un géant qui écrase d’un pas lourd et maladroit le sentier qui défile sous mes pieds.

Au sommet du Sancy, je décide d’une pause pour préparer quelques fines tranches de saucisses d’Auvergne et de fromage de Saint-Nectaire que je prends soin de déposer dans une demie baguette. Ce simple casse-croûte me propulse alors sur un nuage qui, à mille huit-cent mètres d’altitude, me semble difficile à quitter.

📔 Montagne de la Rodde

A l’issue d’une longue heure de marche dans des tourbières et hautes herbes encore humides de la rosée matinale, j’aperçois au loin un marcheur. Mis à part l’incalculable nombre de randonneurs rencontrés au Mont Sancy la veille, celui-ci est le premier que je croise depuis mon départ du Puy-de-Dôme. Il est assis sur un tronc à l’entrée de la pinède qui recouvre la montagne de la Rodde. D’allure svelte, son visage est creusé par la fatigue d’une humidité persistante. Quand je m’approche, je remarque ses pieds déchaussés. Ses souliers sèchent à côté de son seul et unique bâton, je comprends que nous avons traversé les mêmes tourbières humides.

200615 – Forêt – 45.39°N, 2.79°E

Journal de bord

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