En route sur les GR français – Marseille 🎞

Temps de lecture : 4 minutes

📔 Marseille, ville aux milles souvenirs

Certains la connaissent pour son Vieux-Port et sa Canebière. Certains la connaissent pour ses habitants au bronzage tanné par un incessant soleil. Certains la connaissent pour cet accent chantant si caractéristique de la si bien aimée Provence. Certains la connaissent pour son mythique Vélodrome et son équipe qui offre aux passionnés de ballon rond matière à rêver. Certains la connaissent pour son Maire à l’interminable mandat – ayant d’ailleurs trouvé un terme aux dernières municipales, Dieu soit loué. Certains la connaissent pour le parc national dont elle est voisine, et dont beaucoup de ses roches ont servi à la construction des bâtisses aux teintes nuancées par le blanc du calcaire et les lumières d’un ciel d’azur. Certains la connaissent pour ses quartiers nord, fruits d’une politique d’urbanisation maladroite, menant fatalement à une image érodée des âmes qui tentent d’y survivre. Certains la connaissent pour les tristes évènements de la rue d’Aubagne survenus en 2019. Certains la connaissent pour sa légendaire boisson aux couleurs de l’été, et au goût qui nous rappelle certaines fins de soirées. Certains la connaissent pour mille et une autres raisons. Je l’ai surtout connu par Jeanne, qui chaque semaine, m’en évoquait de manière mélancolique de précieux souvenirs.

📔 Noailles la merveilleuse

Nous partons nous égarer dans les sinueuses ruelles de Noailles. Une ode à la vie, ce quartier me charme par son humeur, ses odeurs. Là-bas, les sons dégagent une mélodie méditerranéenne. Une agréable symphonie dont on se laisse facilement bercer.

Nous progressons parmi les étales serrés qui fleurissent le pavé. On y trouve des poissonniers, dont la marchandise provient du Vieux Port à quelques pas d’ici ; on y trouve des épiciers, dont les tonalités arc-en-ciels de leur cannelle curcuma gingembre paprika piments safran et j’en passe me suggèrent d’agréables souvenirs de déambulations dans les souks maghrébins ; on y trouve des colporteurs, dont l’inexplicable diversité de bibelots semble inépuisable.

Piment fort à Noailles, à Marseille
200712 – Piment fort – Position inconnue

Au détour d’un regard, nous apercevons des vendeurs à la sauvette. Les cigarettes vendues à l’unité ou celles vendues dans des paquets encore habillés des couleurs de nos cigarettiers préférés chargent les poches secrètes de ces messieurs. « Cigarettes ? Non merci j’ai les miennes », répondé-je avec la même fermeté qu’Hubert Bonisseur de La Bath.

Comme les quartiers de Belsunce, du Panier, le cours Julien, et toutes ses ruelles, rues et boulevard qui serpentent des collines à la Méditerranée, Noailles est un voyage dans le voyage. Une immersion dans un monde pluri-culturel, où le peuple tient le pavé comme les paysans la terre. Où la vie ne cessera jamais.

📔 Calanques

« Un vrai coin de paradis », s’exclamaient-ils. « Je viens de traverser un bout de la France, leur répondais-je. J’ai du mal à imaginer plus bel endroit que les gorges du Tarn, de la Jonte, que les plateaux de l’Aubrac et du Cantal, que les volcans d’Auvergne, que le Causse Méjean ou encore le cœur des Cévennes ». Note pour plus tard ne jamais parler trop vite.

Calanques à Marseille
200712 – Calanques – Position inconnue

Avant de s’installer au pied de la Méditerranée, nous traversons les Goudes. Ancien port de pêche et nouveau port de plaisance, les Goudes est un idéal, coincé entre le cœur de Marseille et l’entrée des Calanques. La Méditerranée est calme et transparente. Des roches calcaires s’élèvent à plus de quatre-cent mètres au-dessus du niveau de la mer. Sur les rares plats dont dispose le port, on trouve un désordre d’habitations, vestiges d’anciennes maisons de pêcheurs.

Avant de gagner la mer, je décide de m’y égarer. Les rues sinueuses illustrent un tableau méditerranéen : volets colorés et entrouverts, linge étendu en travers des ruelles frappées de soleil, fleurs à l’abri d’une chaleur parfois meurtrière, et surtout de rares badauds au regard méfiant, peu chaleureux vis-à-vis des touristes souvent trop curieux. Au plus je m’avance, au plus je me perds dans ce décor que je n’aurais jamais pu penser réel.

📔 Bonne Mère de Marseille

Nous terminons notre périple dans la citée phocéenne par la symbolique Bonne-Mère. Le cadran affiche dix-huit heures. Nous sommes assis face à un stade de football synthétique. Les couleurs du couchant donnent de faux airs de cartes postales à notre panorama. Les teintes chaudes du soleil qui tombent éclaire les visages d’une population déconfinée. J’observe les personnes autour de nous. Ils discutent, ils rient, ils observent eux aussi.

Football à Marseille
200712 – Football – 43.28°N, 5.37°E

Je prends une pause dans mon périple. Pendant un mois, je reste aux côtés de Jeanne pour savourer son regard, sa tendresse, ses caresses, et le reste d’équilibre mis à mal par mes péripéties, par mon choix de vie. A force de marche, j’ai appris une chose. Il ne sert à rien de se presser. Il est important de se reposer et d’apprécier. Il est important de profiter et d’aimer.

Journal de bord

Ne loupez pas les prochains billets et inscrivez-vous au journal de bord. Je ne raffole pas des spams, vous ne serez pas noyés de mes pérégrinations !

En route sur les GR français – Cinquième film 🎞

Temps de lecture : 8 minutes

📔 Itinéraire

📅 7 jours
🗺 125.5 kils
⛰️ 1 620 D+ / 1 710 D-
🥾 173 033 pas
🏕 6 nuits en bivouac et une chez l’habitant
📍 A travers la Provence, du Château de Tornac (30) à Saint-Rémy-de-Provence (13)
📸 Ilford Black & White FP4 PLUS 125

La carte ci-dessus représente le trajet effectué aux mois de juin et juillet, entre le Puy-de-Dôme et Saint-Rémy-de-Provence.

📔 Pays du Gard/Aux abords du Gardon

La journée s’annonce comme la plus chaude de la semaine avec un mercure atteignant les trente-quatre degrés Celsius à l’ombre. Après m’être goinfré d’un bon bol de flocons d’avoine, le montre indique huit heures. Je cherche une ultime fois cette fameuse chèvre dont j’avais entendu parler la veille et qui hanterait le chateau de Tornac dans lequel je viens de passer la nuit. En vain. Je me remets en route.

Anduze en Provence
200703 – Anduze – 44.04°N, 4°E

J’avance en cette chaude et pénible journée comme un loup solitaire. Hormis quelques vignes et plantations fruitières, mon itinéraire se compose de longs chemins plats, rocailleux, où l’ombre se veut aussi rare que la fraîcheur qu’elle procure. Au loin, j’aperçois parfois quelques badauds, en promenade dominicale j’imagine. Aucun ne s’arrête pour discuter. La chaleur matinale les a sans doute déjà bien tabassés, l’idée d’un grand verre d’eau fraîche ou d’un rosé aux saveurs d’été doit primer sur l’ouverture d’une conversation avec un vagabond. Bienvenue en Provence.

📔 Pays du Gard/Gardon d’Alès

Apprenez, sinon par mes préceptes, du moins par mon exemple, combien il est dangereux d’acquérir le savoir et combien est plus heureux l’homme qui croit que sa ville natale est le centre de l’univers et qui n’aspire pas à dépasser ses limites naturelles.

Réflexion de Victor Frankenstein dans Frankenstein de Mary Shelley

📔 Pays du Gard/Brignon

Ce matin, je dois faire halte dans un bureau de Poste pour envoyer mes pellicules. Celui de Brignon se trouve sur ma route, il fait amplement l’affaire. Je suis très chaleureusement accueilli par une dame, plutôt forte, aux cheveux courts, et dont l’accent ne permet pas de douter de ses origines.

« – D’où viens-tu ? me demande-t-elle. J’ai quitté Clermont Ferrand il y a presqu’un mois maintenant.
– Ah, Clermont ! Depuis gamine, je rêve de m’y rendre pour assister à un match de rugby.
– Vous n’êtes pas loin d’ici en voiture. Deux ou trois heures peut-être ?
– Je ne sais pas. Je ne me rappelle même pas avoir quittée le département une fois ».

La conversation s’arrête ici. Je comprends qu’en quatre semaines de pérégrination, j’ai probablement traversé plus de pays que cette charmante dame en une cinquantaine d’années. Peut-être me trompé-je. Peu importe, si l’on s’en fie aux propos de Mary Shelley, je dois penser que cette femme est finalement bien plus heureuse que moi. Ceci expliquerait ainsi l’origine de ce sourire qui n’a cessé d’arrondir les formes de son visage lors de nos échanges.

Mercerie en Provence
200706 – Mercerie – Position inconnue

📔 Pays du Gard/Le Castellas

Ce soir, j’ai planté ma toile au lieu-dit du Castellas. Selon les indications des panneaux laissés quelques centaines de mètres derrière moi, il s’agirait d’un emplacement sur lequel s’élevait autrefois un fort. Castellas voudrait-il signifier châteaux en occitan ?

Bivouac en Provence
200706 – Bivouac Castellas – 43.93°N, 4.34°E

Le soleil a disparu dans mon dos, ses lumières à l’approche du crépuscule confèrent à la roche calcaire des couleurs rosées. Aucun nuage ne se présente à l’horizon. Dans quelques minutes, le ciel se voilera d’un grand drap noir doucement étoilé, éclairé par une lune qui se veut en cette période presque pleine. Peut-être un jour trouverais-je les mots pour honorer les paysages que j’observe. Ce soir, certains d’entre eux me manquent. Je préfère écourter mon écriture et plonger mon regard dans ce tableau provençal.

Gardon en Provence
200706 – Gardon 1 – 43.93°N, 4.34°E

📔 Pays du Gard/Le Gardon

Avec épuisement, je viens de terminer ma toilette et ma lessive dans le Gardon, à proximité duquel j’ai trouvé un emplacement pour la nuit. A l’ombre d’un arbre ayant survécu aux grandes crues de début juin, je m’interroge. La solitude m’aurait-elle gagné ou m’aurait-elle perdu ?

Lessive en Provence
200707 – Lessive – 43.95°N, 4.51°E

Après avoir abandonné les Cévennes, le parcours a changé. La météo est chaude, les paysages sont secs, les rencontres quand il y en a ne sont plus pareilles. Depuis plusieurs jours, je me sens seul et abandonné à moi-même. Mes premières foulées en Provence ont déclenché ce sentiment que je n’apprécie guère, que j’avais déjà connu une fois en Australie et qui, huit années auparavant, avait été l’un des facteurs déterminants à mon retour en France. Un sentiment de solitude. Au sens littéral. Le sentiment où tout échappe des mains, où l’art du concret devient un art abstrait, où les sentiments s’entremêlent, où la cohérence n’a plus de sens, où pour un marcheur les jambes deviennent les seules personnes sur qui compter.

Vivre en itinérance, en vagabondage, c’est vivre sans domicile fixe. Si j’embrasse ce projet, ça n’est pas le cas de tous.

Je pense à Jeanne, qui sans le vouloir me reproche de ne pas être à ses côtés. Elle a raison. Je suis égoïste de l’abandonner à la situation difficile de ses élèves en pleine crise sanitaire pendant que je pars gambader à l’autre bout du pays.

Je pense à mon père, qui ne m’a pas adressé la parole depuis la rupture de mon dernier contrat de travail. Je ne lui donne pas raison, mais je comprends qu’il puisse être vexé par son fils, à qui il a beaucoup donné, et pour qui il espérait une vie bien rangée.

Je pense aussi à certains amis, avec qui le contact devient difficile. La distance, mon choix de vie, la jalousie quant aux libertés que je m’octroie ? Je ne leur donne pas raison non plus, je pense dommage que l’on ait toujours à se comparer les uns aux autres pour savoir qui mène la vie la plus aboutie, la plus épanouie.

L’une des photographies vous plaît ? Rendez-vous sur le shop pour commander un tirage !

Il doit être compliqué de comprendre la philosophie d’un marcheur longue durée quand les seules marches que l’on pratique sont celles pour aller promener le chien ou acheter une baguette. Je ne blâme personne. Je ne cherche pas non plus la reconnaissance de qui que ce soit. Comme l’indique le titre du roman de Jean-Paul Dubois publié en 2019 : « Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon ».

📔 Pays du Gard/Pont du Gard

Pont du Gard
200708 – Pont du Gard 3 – 43.95°N, 4.54°E

Douze mètres de dénivelé seulement. Douze mètres de dénivelé entre Uzès et Nîmes. Douze mètres de dénivelé sur cent kilomètres. Vous rendez-vous compte de l’ingéniosité de cette construction pour l’époque ?

Entendu à Saint-Chaptes

📔 Provence/Tour de guet des Baux-de-Provence

Au cœur du parc naturel régional des Alpilles, sur une colline qui offre une vue à trois cent soixante degrés, je me dirige vers la tour de guet dont Fabrice et Laurent, forestiers sapeurs des Bouches-du-Rhône, sont les gardiens. Suant, sous un soleil de plomb qui propulse le mercure au-delà des trente-cinq degrés Celsius, je leur demande, tel un prince appelant sa bien-aimée au pied d’un donjon, si je peux grimper profiter du panorama en leur compagnie. « Monte ! » m’élancent-ils en cœur.

Tour de guet des Beaux-de-Provence
200710 – Tour de guet – 43.76°N, 4.81°E

Après plusieurs marches qui me déposent à quelques mètres au-dessus du sol, je pénètre dans une capsule de verre. Mes premières pensées vont pour ces tours de contrôle de pistes aéroportuaires, qui ressemblent à s’y méprendre à la tour dans laquelle je viens de monter. Si l’architecture en est similaire, la piste a ici été remplacée par une grande forêt de pins, dont « des pins d’Alep », comme le précisera plus tard avec fierté Fabrice. Il en est de même pour les sons : les bruits des rotors si communs aux aéroports sont dans ce coin de paradis remplacés par le doux chant des cigales.

Au milieu de la pièce, sur un plateau circulaire trône une grande carte topographique 1:25000 dont le centre est la position de la tour de guet. « Si on aperçoit un démarrage de feu ou bien même de la fumée qui nous paraît suspecte, on peut fournir aux collègues au sol les coordonnées GPS exactes suivant les indications de la carte », m’explique Laurent.

Sur les tables disposées sous les parois vitrées qui entourent la pièce, sont entreposés du matériel radio, des jumelles (au moins quatre paires, dont une qui tient sur pieds et qui ressemble plus à une longue vue qu’autre chose), une glacière, une poignée de magazines, un jeu de cartes et quelques effets personnels. « Les jumelles servent à observer les démarrages de feu. Elles nous permettent une meilleure analyse de la situation. S’il le faut, on utilise la grosse radio sur ta droite pour alerter les collègues », poursuit Laurent.

Soudainement, la radio prend la parole et une voix difficilement compréhensible annonce qu’une fumée suspecte a été aperçue un peu plus au nord, au pied de la chaîne de la Montagnette. De l’autre côté de la radio, il s’agit en fait d’une tour de guet voisine qui demande confirmation auprès de la nôtre en vue de ne pas déranger les secours pour rien. Laurent s’empare des jumelles sur pieds tandis que Fabrice reprend les coordonnées sur la carte 1:25000. Au bout de quelques secondes, la fumée devient visible à l’œil nu. Les deux forestiers sapeurs reprennent la radio pour confirmer les coordonnées. Cinq minutes plus tard, une équipe se rendra sur place pour se rendre compte qu’il s’agissait d’un feu démarré par un paysan. Laurent m’en parlait il y a encore quelques minutes. Il confirme ses propos : « C’est régulier durant l’été. Mais heureusement pour nous, ça reste souvent sans danger ».

📔 Provence/Saint-Rémy-de-Provence

Alors que j’entame les derniers kilomètres qui me séparent de Saint-Rémy-de- Provence où mon covoiturage pour la cité phocéenne m’attend, les images de ce périple défilent dans ma tête comme un film qu’on rembobine. Je me souviens notamment de mon départ, sous une météo à l’exact opposée des dernières chaleurs endurées depuis mon arrivée aux abords de la Provence.

Le onze juin, en gare de Clermont-Ferrand, je recevais une notification Météo France qui m’indique que la moitié du pays, le département du Puy-de-Dôme compris, passait en vigilance orange. Une belle entrée en matière qui m’aura valu douze longues et interminables heures de pluie, ainsi qu’un vrai test d’étanchéité de ma tente (qui s’avère par ailleurs concluant). Mais l’immensité de ces larmes tombées du ciel ne m’auront pas empêché de poursuivre mon cap, d’aller à la rencontre de belles personnes, de somptueux paysages, à l’origine de jolies histoires qui resteront à jamais gravées dans ma mémoire.

Journal de bord

Ne loupez pas les prochains billets et inscrivez-vous au journal de bord. Je ne raffole pas des spams, vous ne serez pas noyés de mes pérégrinations !

En route sur les GR français – Quatrième film 🎞

Temps de lecture : 8 minutes

📔 Itinéraire

📅 9 jours
🗺 209 kils
⛰️ 4 760 D+ / 5 700 D-
🥾 289 606 pas
🏕 9 nuits en bivouac
📍 De la Crous del Pitchou (12) au Château de Tornac (30) par les gorges du Tarn et de la Jonte
📸 Ilford Black & White FP4 PLUS 125

La carte ci-dessus représente le trajet effectué aux mois de juin et juillet, entre le Puy-de-Dôme et Saint-Rémy-de-Provence.

📔 Le Lot/La Gravière

Il est quinze heures passées lorsque je trempe mes pieds dans l’eau du Lot. Après trois longues journées de dénivelé, de fortes chaleurs et de transpiration, je ne perds pas une seule seconde avant de plonger l’ensemble de mon corps dans cette eau qui m’apparaît si fraîche. Nu et accroupi dans la rivière profonde d’une trentaine de centimètres, je laisse la froide vivacité du courant me caresser la peau et rafraîchir mes parties intimes. Pendant vingt minutes, je me languis dans cette source qui me paraît inépuisable. De temps à autre, j’observe avec amusement les poissons qui nagent entre mes jambes et les papillons qui survolent délicatement mes cheveux rincés à l’eau claire.

Je profite aussi de cet instant pour laver mes vêtements. Une bonne idée pensé-je, notamment à l’observation du savon de Marseille dont la couleur a viré au noir après quelques frottements sur mes frasques pleines de poussières et de sueur.

📔 Gorges du Tarn

Je n’ai pas les mots. J’ai juste une poignée de photos. C’est la seconde fois que je me rends dans les gorges du Tarn. Et pour la seconde fois, mon regard béat trahit la beauté du paysage que l’on trouve dans et en-dehors des gorges.

Gorges du Tarn
200629 – Gorge du Tarn 3 – 44.3°N, 3.24°E

📔 Gorges du Tarn/La Sablière

A l’issu d’une dizaine de kilomètres à travers les gorges du Tarn, je me suis assis sur la terrasse du hameau de la Sablière. Quelques années avant que mon corps fatigué ne trouve refuge dans ce bout de paradis, Albin a décidé de s’y installer. Ce grand rêveur, à la barbe bien taillée et à la peau rongée par de longues heures de travail au soleil, a posé ses affaires au hameau après en être tombé amoureux. Ancien cadre dans la publicité, il a tout de l’histoire d’Octave Parango. « Sans avoir le nez plein de poudre », comme il le précise avec amusement, il a décidé au cours de ses trente-trois printemps de radicalement changer de vie. « Marre de vivre à travailler pour des banques et des organismes de jeux, marre de vivre à vendre de la merde aux gens », m’explique-t’il. Ainsi, il a repris l’entretien, la rénovation et la gestion du hameau de la Sablière avec un concept simple : en l’échange d’une adhésion de dix euros, chacun est libre de gambader dans le hameau, et de se voir offrir une bière fraîchement brassée dans le Larzac non loin d’ici.

200630 – Albin et Vanessa – 44.22°N, 3.23°E

Pour déjeuner, Albin me propose de partager le reste de pâtes carbonara préparé la veille. Je n’ai pas avalé de pâtes depuis plus de quinze jours, je ne peux pas refuser l’invitation. Nous passons le repas à échanger à propos de son passé, de ses projets, de l’avenir du hameau. Malheureusement, le lieu est propriété de riches belges qui peinent à fournir à Albin suffisamment de visibilité pour penser à long terme. Même si un bail, trop précaire à son goût, a été signé, il s’agit surtout d’attendre pour obtenir la pleine propriété.

📔 Gorges du Tarn/Rocher de Francbouteille

En attendant que le soleil ne disparaisse complètement, je me laisse surveiller par les gardiens des Causes, ces gardiens dont le cou cassé ne laissent aucun doute quant à leur identification, ces gardiens dont les plumes à la coloration noire grise reflètent les derniers rayons du soleil, ces gardiens que l’on appelle plus communément les vautours. Au détour du Rocher de Francbouteille qui penche sur les gorges du Tarn, certains d’entre eux s’envolent majestueusement, j’imagine à la recherche de nourriture. Dans leurs élans, les vautours battent des ailes, secouant l’air telle une machine tout droit sortie d’un récit de Jules Vernes. Le son qui s’en dégagent est indescriptible. Il ne s’écrit pas, il s’écoute.

Vautour dans les gorges du Tarn
200702 – Vautour – 44.19°N, 3.42°E

Cette créature, dont mon mètre quatre-vingt-neuf dépasse difficilement l’envergure des plus grands d’entre eux, se transforme en roi. Dans les vallées escarpées, dessinées dans les plus consciencieux détails des sols calcaires, le vautour veille sur tout. A l’affût, il n’hésite pas à montrer toute sa puissance lorsqu’il s’agit de plonger vers une proie. Ai-je raison de cacher le bout de saucisson qui traîne dans ma gamelle ? Aussi bêtement que cela puisse paraître, j’ai l’impression qu’ici, je viens de perdre une place dans mon réseau trophique.

📔 Causse Méjean/Les Chanas

Sur la carte topographique, je repère à mille mètres d’altitude trois dolmens les un à côté des autres. Sur cette même carte, les courbes de niveau sont espacées et la coloration est beige. Il doit donc s’agir d’un lieu relativement plat, sans doute une prairie, donc parfait pour un bivouac. L’acquisition de cinq cent grammes de saucisson dans une ferme quelques kilomètres auparavant suffira à combler mon appétit pour la soirée. Je décide alors de gagner cette position pour monter la tente et me protéger de la tempête prévue en soirée.

Tempête sur le Causse Méjean, après les gorges du Tarn
200701 – Tempête – 44.2°N, 3.41°E

En arrivant aux trois dolmens, le vent se lève terriblement. Les nuages sombres de l’après-midi se dégradent en un noir profond. La montre affiche dix-huit heures, mais le manque de luminosité ferait penser qu’il en est vingt-et-une. Sans prévenir, la foudre s’abat sur la forêt du causse voisin. L’éclair illumine l’ensemble de la vallée comme un flash d’appareil photo. Et sans même avoir le temps de calculer à quelle distance se situe l’impact, un terrible rugissement réveille toutes les gorges de la Jonte au-dessus desquelles je suis en train de monter mon camp. En un éclair, la nature exprime une colère divine, une colère qui ne rassure pas. Le vent souffle toujours aussi fort, mais je peux apercevoir les nuages gagner le nord. Avec un peu de chance, la tempête disparaîtra vers d’autres causses d’ici quelques instants.

Malgré les bourrasques qui soufflent et une averse qui s’abat de plus en plus fort sur mon visage tiré par le désarroi, je parviens enfin à monter ma tente. Perché à mille mètres d’altitude, aux pieds des trois dolmens, je patiente. Désormais au sec, j’écoute la pluie s’effondrer sur le sol, le vent s’engouffrer sous la toile, l’orage éclater au loin. Qui suis-je au milieu de ces forces que l’Homme ne parvient pas à maîtriser ?

L’une des photographies vous plaît ? Rendez-vous sur le shop pour commander un tirage !

Après une longue demie heure de concert météorologique, l’atmosphère retrouve son calme. Plus de vent, plus de pluie, plus d’orage. Le silence règne en maître. J’entrouvre ma tente pour apercevoir un soleil hésitant, un soleil qui tente de se frayer un passage parmi les nuages restés à l’est.

📔 Cévennes/Abri bus

Du beau temps, des moutons, un vautour. Puis la pluie. Je suis assis à l’abri de la pluie dans une sommaire construction de bois qui, si elle n’indiquait pas que les transports scolaires ne circulent pas en période de vacances, ressemblerait à tout sauf à un arrêt de bus. Trop fainéant pour retirer le sac de mes épaules, je regarde bêtement l’eau tomber sur les arbres en attendant que la tempête se dissipe. Depuis les premiers dénivelés dans le Puy-de-Dôme, je n’ai jamais pu réaliser une ascension sans éviter la pluie. A chaque fois que je m’élance sur plusieurs centaines de dénivelés positifs, les cumulus se chargent pour relâcher des averses, terminant le plus souvent en trombes d’eau. Miraculeusement, la pluie cesse. Le ciel se dégage. Il me reste maintenant à atteindre le Mont Aigoual.

📔 Cévennes/Mont Brion

En pleine sieste au sommet du Mont Brion, qui me servira de lieu de bivouac pour la nuit qui approche, je pense à ma rencontre d’aujourd’hui. Pour une bonne mais trop courte partie de la matinée, j’ai marché accompagné de Philippe, randonneur averti, la trentaine, et CEO d’une compagnie spécialisée dans l’analyse des données issues des débats citoyens.

Tout en mettant un pied devant l’autre, Philippe m’expose qu’il rêve d’un monde où l’on se concentre sur le cœur des choses, sur le « code source » comme il dit. Selon lui, l’informatique a apporté, comme l’imprimerie avec la diffusion d’informations à son époque, de grands bouleversements dans notre rapport à la conservation de données. Il s’interroge : « À quoi bon conserver des données si je ne sais pas où elles sont stockées » ?

L’Internet a séduit beaucoup de monde grâce à son beau design, ses applications addictives, et ses services qu’il nous paraît inconcevable de ne plus utiliser. « Sans lui, à quoi aurait servi le garage de Jeff Bezos si ce n’est pour la tenue d’une librairie classique » ?

« A peine une ou deux générations avant la nôtre, on stockait nos relevés bancaires, nos avis d’imposition, nos fiches de salaires, enfin, tous nos documents administratifs, dans des classeurs rangés au fond d’un placard qu’on ouvrait quand il s’agissait de faire la paperasse. Aujourd’hui, tu sais où sont ces données ? Lis les conditions générales d’utilisation des services de stockage que tu utilises. Tu verras qu’en fait, tu n’es propriétaire de rien. Avant, quand tu voulais partager tes photos de voyage avec tes proches, tu partais chez le photographe, tu commandais des tirages, et une fois à la maison tu préparais ton album. Aujourd’hui, tu partage tout sur les réseaux. Tu veux que je t’explique à nouveau les CGU ? Je prends des airs philosophiques, et je ne pense pas avoir les compétences pour y répondre même si j’y travaille. Mais il faut se poser la question : qui sommes-nous si toutes les données nous concernant ne nous appartiennent plus » ?

Le cadran de nos montres affiche onze heures lorsque nous atteignons la bifurcation du Roque Rouge. Depuis ce croisement, un nouveau GR emprunte la direction du sud. Il s’agit du GR que Philippe décide de suivre. Nous nous saluons, je le photographie, et aussi rapidement que nos chemins se sont rencontrés, ils se séparent.

200703 – Cévennes 3 – Position inconnue

Journal de bord

Ne loupez pas les prochains billets et inscrivez-vous au journal de bord. Je ne raffole pas des spams, vous ne serez pas noyés de mes pérégrinations !

En route sur les GR français – Troisième film 🎞

Temps de lecture : 7 minutes

📔 Itinéraire

📅 5 jours
🗺 78.9 kils
⛰️ 2 240 D+ / 1 920 D-
🥾 107 090 pas
🏕 3 nuits en bivouac et 2 nuits chez Julie & Hervé (encore merci)
📍 Du Ruisseau du Tayrac (12) à la Crous del Pitchou (12) en passant par l’Aubrac
📸 Kodak Black & White 400TX

La carte ci-dessus représente le trajet effectué aux mois de juin et juillet, entre le Puy-de-Dôme et Saint-Rémy-de-Provence.

📔 Aveyron/Conques

L’espace de quelques jours, je suis de retour sur les chemins qui mènent à Saint-Jacques-de-Compostelle. Dans une petite heure, je devrais gagner Conques, une étape incontournable des chemins qui mènent à Compostelle puisque le pittoresque village est classé comme l’un des Plus Beaux Villages de France. Je m’amuse à croiser le regard des pèlerins qui, probablement en route depuis plusieurs jours, semblent épuisés. Le soleil cogne aujourd’hui, le mercure doit frôler les trente degrés Celsius. La sueur ruisselle sur les front rouges et chauds des marcheurs.

200622 – Conques – 44.6°N, 2.39°E

Les pèlerins que je rencontre s’étonnent de me voir parcourir le chemin en sens inverse. Alors que je m’avance vers Conques, eux abandonne la cité classée. « Tu ne vas pas à Compostelle, me lance l’un deux » ? Je me rappelle mon étonnement lorsqu’un an auparavant, je croisais sur mon itinéraire pour Compostelle des pèlerins qui eux aussi rebroussaient chemin. Mais qu’est- ce qui importe le plus, la fin ou les moyens ? Saint-Jacques-de-Compostelle ou le pèlerinage ?

200622 – Bivouac – 44.61°N, 2.5°E

📔 Aveyron/Refuge du Soulié

D’après sa définition, la rencontre consiste à se trouver en présence d’un être vivant ou non, par hasard ou de manière organisée. Une rencontre peut ainsi se dessiner autour d’un simple croisement, d’un vif regard, d’un mouvement de main ou alors de quelques mots. Depuis Conques, à force de remonter le chemin qui mène à Compostelle, je ne cesse de « rencontrer ». Des pèlerins bien évidemment, mais aussi des lieux, des sentiers, des arbres, des oiseaux. Néanmoins, je prends conscience que ces rencontres resteront éphémères. Est-ce d’ailleurs la raison pour laquelle j’écris, pour laquelle je photographie, la raison qui me pousse à vouloir me souvenir ?

200623 – Sylvie – 44.6°N, 2.53°E

Certains pèlerins avec qui j’ai partagé un bout de chemin l’année dernière en me rendant à Saint-Jacques-de-Compostelle m’ont conseillé de prendre une pause au Soulié. Le Soulié est une minuscule bourgade. A son entrée, un refuge dit Donativo du même nom que la bourgade y est ouvert. « L’accueil ainsi que l’ambiance y sont des plus surprenantes, m’écrivait Martin. Tu dois absolument t’y arrêter si tu marches par-là » !

A peine arrivé au refuge, on me tend un café et une boîte de biscuits. Je prends, je remercie, et m’assoie sur l’un des bancs en bois qui entourent la petite table à laquelle plusieurs convives partagent ce qui ressemble aux restes d’un succulent petit-déjeuner. À force d’échanges avec les pèlerins dont les pérégrinations donnent matières à de nombreux sujets, je croise ce regard, celui d’une femme. Ce regard, je le connais. Ce regard, je m’en souviens puisque Sylvie, qui en est la porteuse, nous avait déjà accueillis en qualité d’hospitalière dans l’albergue de Grañón, sur le Camino Francés.

Sylvie est une femme d’une soixantaine d’années, au visage fin, recouvert de cheveux courts et grisonnants. Derrière ses lunettes aux montures arrondies, ses petits yeux concentrent une sagesse et une générosité qu’il est difficile de trouver ailleurs. Originaire d’une lointaine Normandie, elle se sauve régulièrement de chez elle pour offrir de son temps aux aubergistes des chemins de Compostelle. Une fois en France, une fois en Espagne, une fois à la montagne, une fois à la campagne, elle apporte chaleur et bonne humeur aux pèlerins qui souhaitent profiter d’échanges privilégiés et de conversations jacquaires. Le temps de quelques mots et photographies, je réalise que Sylvie restera de ces rencontres qui ne se confondent dans l’oubli.

📔 Aveyron/Estaing

« J’aime vivre comme un sauvage qui se lave dans la rivière », m’indique fièrement David. David est sapeur-pompier dans la vie de tous les jours, marcheur inconditionnel dans la vie qu’il rêve de mener. Du haut de ses deux mètres, il me demande si nous pouvons partager l’aire de jeux dans laquelle je me suis installé pour bivouaquer. Naturellement, j’acquiesce. Nous poursuivons alors notre conversation. David se décrit comme un marcheur philosophe. Selon lui, la marche est une perpétuelle fuite du quotidien. Un moyen d’oublier qui l’on est, pour revenir à des choses simples. A un instinct qu’il s’amuse à expliquer comme plus « primaire ».

200623 – Le Sauvage 1 – 44.55°N, 2.67°E

« Si je pouvais, je tiendrais un écriteau indiquant que quelques fruits et boîtes de sardines me suffisent à avancer ». J’aime sa philosophie.

Pour son mois de vacances, il a décidé de descendre la Via Piodensis, jusqu’à Saint-Jean-Pied-de-Port. D’après ses calculs, il me précise avoir avalé le quart de son périple. Je lui rétorque qu’il se trompe, qu’il est plutôt autour d’un huitième. Puisqu’une fois à Saint-Jean-Pied-de- Port, je doute qu’il puisse renoncer à poursuivre son pèlerinage.

200624 – Le Sauvage 2 – 44.55°N, 2.67°E

📔 Aveyron/Espalion

Pourquoi marches-tu seul ?
Pour ne pas avoir à marcher à plusieurs.

L’une des innombrables réponses à cette question tant de fois posée.

📔 Saint-Côme-d’Olt

Alors que je progresse sous un soleil de onze heures qui se veut déjà ardent, je pense à mes dernières journées, à mes passages dans les charmantes et historiques ville de Conques, d’Estaing, ou d’Espalion. Enfin, je me rappelle surtout mon agréable journée de pause en compagnie d’Hervé.

Hervé
200626 – Hervé – Espalion

En arrivant dans la coquette maison en bord de Lot que Julie et lui-même habitent, je suis surpris par la bibliothèque.

Regarde ma bibliothèque et tu comprendras qui je suis

Hormis les Guillaume Musso que collectionne ma mère ou divers bouquins entassés à la maison ou chez des copains, je n’avais encore jamais parcouru une bibliothèque comme celle de Julie et Hervé. Intégrée dans une habitation à la décoration pensée autour des quatre coins du globe qu’ils ont arpenté, leur meuble littéraire construit de vieilles caisses de vins regorge de livres de voyages et d’aventures. On y croise du Mike Horn, du Sylvain Tesson, du Alexandre Poussin, du Sarah Marquis, une palanquée d’autres auteurs du genre ainsi que de multiples revues sur l’exploration à vélo, la vie en montagne, et j’en passe.

Entre quelques pages de lecture, Hervé a décidé de me partager sa passion. Désormais apiculteur, il s’est lancé avant mon départ ce matin dans une dégustation de miels. De l’Aveyron et de l’Aubrac bien évidemment, à l’Hérault, en passant par des coins comme le Sri Lanka ou Madagascar, les sucres de ces différentes et excellentes productions apicoles ont fait frétiller mes papilles, tel un gosse dévorant un sachet de bonbons.

Chaque cuillère est apparue comme un lointain voyage dans un monde imaginé par Roald Dahl. Un voyage au pays de la sucrerie, un voyage qui donne le plein d’énergie. A chaque cuillère arrivait un commentaire, soigneusement sélectionné par Hervé, pour présenter les caractéristiques des substances ambrées contenues dans de vieux pots de confitures. Il était sept heures du matin, je regrette avoir été trop fainéant pour sortir mon carnet et poser sur papier chacune de ses luxueuses descriptions.

Note pour plus tard : être moins fainéant.

L’une des photographies vous plaît ? Rendez-vous sur le shop pour commander un tirage !

📔 Aubrac/Mourgue

Le tonnerre gronde. Dans les ténèbres de la nuit, j’entends le vent caresser la cime des arbres. L’eau commence à ruisseler sur la toile de tente. Le vent pénètre la forêt par intermittence, se faufile entre les arbres et vient bousculer mon nylon. J’essaie de me réfugier dans le bruit blanc du ruisseau qui coule derrière moi. Mais rien y fait, les Dieux poursuivent leur colère, la pluie continue de tomber, le vent de souffler, et le tonnerre de gronder.

Bivouac à Mourgue avant le plateau de l’Aubrac
200626 – Bivouac – 44.58°N, 2.92°E

📔 Aubrac/Plateau de l’Aubrac

En fin de matinée, je gagne le très réputé plateau de l’Aubrac. A mille quatre cent mètres du niveau de la mer, les grandes plaines et collines laissent apparaître sur leurs vertes prairies des amas de fleurs jaunes et violettes, vestige de la floraison qui débute tous les printemps.

Alors que je m’enfonce dans les tourbières qu’empruntent les rares sentiers du plateau, j’observe d’un regard méfiant les majestueux taureaux qui trônent en vrais rois au milieu des troupeaux qui m’accompagnent. Maîtres des lieux, les bêtes s’interrogent. « Qui es-tu ? Que fais-tu par ici ? T’es tu pris la tempête la nuit dernière » ?

Journal de bord

Ne loupez pas les prochains billets et inscrivez-vous au journal de bord. Je ne raffole pas des spams, vous ne serez pas noyés de mes pérégrinations !

En route sur les GR français – Second film 🎞

Temps de lecture : 8 minutes

📔 Itinéraire

📅 7 jours
🗺 169.3 kils
⛰️ 4 880 D+ / 5 520 D-
🥾 231 006 pas
🏕 6 nuits en bivouac et 1 nuit en hôtel
📍 De Regheat (15) au Ruisseau du Tayrac (12) en passant par le Puy Mary et le Plomb du Cantal
📸 Kodak Black & White 400TX

La carte ci-dessus représente le trajet effectué aux mois de juin et juillet, entre le Puy-de-Dôme et Saint-Rémy-de-Provence.

📔 Regheat

La journée touche à sa fin quand Paul (rencontré le matin même en lisière de la forêt de Rodde et que j’apprends faire partie de l’excellent collectif Barno) me propose de planter la tente sur la colline qui se dresse face à nous. Au sommet de ce monticule herbeux qui peine à dépasser les mille mètres d’altitude, nous installons notre camp de nylon sous le regard attendri des volcans. Au loin, Paul parvient à deviner le Sancy, où nous étions deux journées auparavant. De l’autre côté, je devine le Puy Mary, où nous serons dans deux jours.

200615 – Paul – 45.27°N, 2.78°E

Lorsque la montre affiche vingt heures, le ciel se charge d’une masse nuageuse qui obscurcit violemment les lumières. Le vent se lève soudainement, d’autres nuages aux allures plus grises et plus denses viennent de voiler le coucher de soleil que nous étions jusqu’alors en train d’apprécier. En cinq minutes, c’est décidé. Nous préférons nous terrer au fond de notre duvet plutôt que d’affronter les caprices de Dame Nature.

Le vent souffle toujours plus fort. Le temps de plier nos affaires, les nuages qui nous paraissaient si loin se retrouvent maintenant à quelques centaines de mètres au-dessus de nos têtes. Au sommet de la colline, rien ne nous protège. Les arbres manquent. Seule une herbe déjà broutée par les vaches sort de terre. Violemment, tel un barrage qui ouvre ses vannes, la pluie s’abat sur le nylon de nos maisons. Le vent souffle toujours autant. Même si nos tentes sont plantées côte à côte, nous cessons de discuter. Chaque goutte d’eau sur la toile rend toute conversation impossible.

Une heure vient de s’écouler. Les yeux rivés sur ma liseuse, j’entends Paul sortir de sa tente. « Si tu ne dors pas, tu devrais sortir regarder le coucher de soleil ». En effet, lorsque je sors à nouveau ma tête de la tente, je suis stupéfait. Le nuage que nous redoutions tant vole maintenant loin devant nous. Le soleil est réapparu avec des lumières aussi chaudes que celles des longues soirées d’été. La terre qui semblaient à notre arrivée ravagée par le bétail s’est gorgée d’eau. La couleur jaune pâle de l’herbe séchée par les fortes températures du début de l’été se transforme au contact des derniers rayons du soleil en un orange délicieux. Au loin, nous apercevons les ultimes minutes d’un arc-en-ciel qui peu à peu, comme plus tard nos corps dans nos duvets, disparaît.

📔 Puy et Plateau du Limon

Au petit matin, le vent ne souffle plus et le ciel nous illumine d’un bleu azur. Plus aucun doute, la tempête est belle et bien passée, la météo sera à notre avantage aujourd’hui. Néanmoins, loin de nos esprits était l’idée d’emprunter des chemins non entretenus, dont certaines herbes atteignent parfois la hauteur de mes hanches. Le clocher de Saint-Saturnin sonne neuf coups quand nous arrivons, chaussures et pantalons détrempés par la rosée, à l’abreuvoir qui nous permet ironiquement un plein d’eau.

200616 – Hydratation – 45.26°N, 2.79°E

Plusieurs kilomètres durant, notre marche consiste à poser un pied devant l’autre, sans se soucier du paysage trop monotone qui défile calmement sous nos yeux. Les grands espaces que je chérie tant ne manquent pas. Ils s’accompagnent toutefois d’une épaisse couche nuageuse ainsi qu’un vent frais et humide, retirant au paysage l’équilibre de sa colorimétrie. Les plaines sont aussi silencieuses que les couleurs fades.

Inspirés par une poignée de vaches Salers qui salivent notre liberté, nous décidons d’une pause casse-croûte. Nous profitons aussi des rares mais précieux rayons de soleil pour sécher nos pieds et chaussettes encore humides de la matinée

Au plus nous nous enfonçons sur les grandes et vertes étendues du plateau, au plus le terrain devient compliqué. Les sentiers disparaissent peu à peu, le GR ayant troqué ses praticables sentiers balisés contre des prairies à la terre fraîchement déformée par le bétail.

0616 – Vers l’infini – 45.17°N, 2.75°E

📔 Col de Serre

Au col de Serre, nous trouvons un plat pour planter nos tentes. Alors que nous commençons à déballer nos affaires sur la table de pique-nique voisine, s’approche un couple, la cinquantaine, aux allures d’aventuriers. « C’est quoi le modèle de ta MSR ? Elle est solide », m’interroge Virginie ? Son compagnon, Gilles, poursuit : « Le temps a l’air de se gâter. On dort dans le camion qu’est garé là-bas. Venez donc y prendre l’apéro quand vous aurez monté vos tentes ». Dix minutes après ces échanges, la pluie s’abat sur nous. Onze minutes après ces échanges, nous sommes confortablement assis, au sec, dans le camion de Gilles et Virginie.

Gilles et Virginie
200616 – Gilles et Virginie 1 – 45.13°N, 2.7°E

Au fil de la soirée, le couple nous propose bière, vin, charcuterie, fromage, et grande assiette de pâtes. « Ça nous fait plaisir, se justifie Valérie. Vous êtes comme nos enfants ».

A vingt-deux heures, le soleil s’est couché. Le vin rouge qui coule dans nos veines nous égaye. Lorsque nous prenons congés pour aller nous coucher, nous ne sentons même plus la brume qui effleure notre visage. Demain, le Puy Mary nous attend. Si la chance nous accompagne, l’humidité aura peut-être disparu.

L’une des photographies vous plaît ? Rendez-vous sur le shop pour commander un tirage !

📔 Puy Mary

Nous en discutions déjà la veille. Nous voulions grimper le Puy Mary ensemble. Rien n’était encore sûr mais Paul voulait la nuit avant de prendre la décision de s’arrêter. Avec une belle dépression météorologique qui poursuit sa route et un genou en difficulté, sage a été la décision de retrouver le chemin de la maison. Après de difficiles adieux sous une bruine qui donnent des airs de mauvaise comédie romantique, nous échangeons nos coordonnées et nous séparons.

Brèche de Rolland
200617 – Brèche de Rolland – 45.12°N, 2.69°E


Mon objectif pour la journée est l’ascension du Puy Mary. A priori peu difficile, il en est tout autre chose lorsque la bruine se transforme en un poisseux brouillard qui limite la visibilité à une dizaine de mètres seulement. A quelques pas du sommet, j’admets l’inutilité de mon appareil photo. J’avance presque à tâtons, dans les nuages, uniquement guidés par les rares cairns encore visibles. Lorsque je trébuche sur une table d’orientation, je réalise atteindre le sommet du Puy Mary. A peine le temps de laisser partir un cri de joie, que les nuages se relâchent. Je me tiens à 1 783 mètres d’altitude, nous sommes le 17 juin, et il neige.

📔 Repas typique de l’Aveyron

« – C’est quoi vos spécialités ici ? – L’aligot, les farsous, le gâteau à la broche, le vin du Fel ou de Marsillac ».

Charcuterie
200619 – Charcuterie – 44.84°N, 2.66°E

📔 Murols

« Pourriez-vous m’indiquer un endroit où il serait possible de bivouaquer pas loin du village », demandé-je poliment à une employée de mairie de Murols ?

Le petit village de Murols est réputé pour ses générations de forgerons, mais aussi pour les gorges du Goul et du Batut qui passent par-là. A en observer la topo 25, il s’agit d’un endroit parfait pour passer la nuit.


« Nous n’avons plus grand monde qui vit ici à l’année, reprend l’employée de mairie. La population est très vieillissante. Certains jeunes reviennent parfois, avec un projet en tête. Mais comment vraiment les motiver à revenir lorsqu’il n’y a plus aucun service ? L’accès aux soins et à l’éducation ne se fait pas de la même manière qu’en ville ici ». En effet, en arpentant les rue du village à la recherche des toilettes publiques, je réalise qu’une maison sur deux n’est pas habitée.

« Beaucoup de propriétés se transmettent par succession ici, m’avoue l’employée de mairie. Quand les grands-parents décèdent, leur maison se transforme en maison de famille pour les enfants et petits-enfants. Observez en marchant, on est à la mi- juin, les héritiers parisiens vont arriver. Durant l’été, il se passe des jours où l’on croise plus de voiture immatriculées 75 que 12 ».

Pons
Pons 44.72°N, 2.55°E

📔 Chez Pierre

Je suis fatigué. Mon ventre me fait défaut. Où bien j’ai avalé de l’eau que je peine à digérer, où bien les premières chaleurs mettent à mal mes intestins. En fin de journée, ma gourde est sèche, les rares ruisseaux qui coulent ne m’inspirent pas confiance.

Aveyron
200621 – Maison de l’Aveyron – Position inconnue

Puis je croise Pierre. « Bonjour Monsieur, vous n’auriez pas un robinet à proximité » ? Le dos légèrement courbé, il lève la tête et me propose de poursuivre mon chemin jusqu’à la maison blanche au bord de la route, la sienne, où il me rejoindra dans cinq minutes lorsqu’il aura terminé de plier ses outils.

Pierre est retraité de l’artisanat, il a construit sa vie dans la taille de pierre. Ses mains ne le trahissent pas, on peut lire à l’usure de ses doigts épais et solides des années de travail manuel. Il habite maintenant une petite maison au-dessus d’Entraygues-sur-Truyère. D’une vie simple, il aime prendre soin de son potager où il cultive une vraie passion pour la terre. Sans même lui demander, il m’emmène observer ses tomates, carottes, choux, salsifis, asperges, salades, oignons, fraises, pommes, et j’en passe. Lorsqu’il m’explique comment il est arrivé là, il emprunte une voix sage, rassurante, celle que les anciens ont l’habitude d’utiliser quand ils évoquent le passé. En arrivant devant chez Pierre, je demandais seulement de l’eau. Je reste finalement toute la soirée.

Jesus
Jesus – 44.61°N, 2.36°E

Journal de bord

Ne loupez pas les prochains billets et inscrivez-vous au journal de bord. Je ne raffole pas des spams, vous ne serez pas noyés de mes pérégrinations !