Jothuneimen en une semaine

Fort d’une première expérience dans le plus vieux parc national de Norvège, nous avons décidé de poursuivre notre périple dans un second parc national. Cette fois-ci, nous avons jeté notre dévolu sur le parc de Jotunheimen. Connu par les norvégiens pour être le parc de Norvège qui compte le plus de sommets au delà des 2000 mètres d’altitude, il est aussi connus des marcheurs pour sa célèbre randonnée sur le Bessegen, ou encore pour sa multitude de sentiers balisés qui permettent de préparer des randonnées à la journée comme des treks sur plusieurs semaines !

Pour nous, ce sera un trek d’un peu moins de sept jours. Nous avons choisis de partir du refuge de Gjendesheim pour des raisons logistiques : en plus d’être situé au cœur du parc de Jotunheimen, le refuge est desservi via une ligne presque directe par un bus en provenance d’Otta (la ville qui nous a servi de camp de base pour nous ravitailler et nous acheter des vêtements contre la pluie à l’issu de notre trek à Rondane).

Concernant le Bessegen, nous reviendrons sur cette randonnée que nous avons eu l’occasion de d’effectuer avec un couple d’amis dans un autre billet, avec de belles anecdotes et de jolies photos.

Itinéraire

📅 6 jours (dont une journée de pause sous la pluie)
🥾 58 kils
🏔 1835 D+ / 1835 D-
📍Au cœur du Jotunheimen, du refuge de Gjendesheim (61.49463, 8.81212) au ferry de Gjendebu (61.45349, 8.49937)

🚌 Jotunheimen est globalement bien desservie par les bus. L’arrêt de bus du refuge de Gjendesheim est desservie par plusieurs lignes. Il est possible de trouver un itinéraire facilement depuis l’application EnTur, ou directement sur place via les offices de tourismes. Il est possible de prendre les billets directement auprès du chauffeur. Aussi, nous vous conseillons de vous renseigner sur les tarifs étudiants, souvent intéressants !

Pour information, les coordonnĂ©es GPS fournies dans ce billet sont approximatives. N’ayant pas l’Ă©quipement adĂ©quat, nous nous sommes contentĂ©s d’une carte et d’une boussole seulement pour les obtenir. N’hĂ©sitez pas Ă  copier/coller les coordonnĂ©es dans Google Maps si vous dĂ©sirez vous y rendre !

đź’ˇLes liens utiles :

  1. Pour se rendre facilement Ă  Jotunheimen
  2. Obtenir un rapide aperçu du parc
  3. Préparer sa randonnée

đź“… Jour 1

🥾 7 kils
🏔 350 D+ / 275 D-
đź“Ť Du refuge de Gjendesheim (61.49463, 8.81212) au lac Russvatnet (61.55679, 8.79354)

Lorsque nous arrivons Ă  Jotunheimen, notre première impression se trouve Ă  des annĂ©es lumières de celle que nous avions expĂ©rimentĂ© dix jours auparavant en arrivant Ă  Rondane. Il est un peu plus de 15.00 quand nous descendons du bus et que la foule nous envahit : des norvĂ©giens bien Ă©videmment, mais aussi des français, des amĂ©ricains, des russes… Un vrai melting-pot qui fait de ce lieu un semblant de Disney World plutĂ´t qu’un vĂ©ritable parc naturel.

Nous nous réfugions hâtivement à l’arrière d’un restaurant pour déguster des instant noodles, parfum bœuf. Depuis ce spot, notre première impression ne change toujours pas : nous observons avec stupéfaction le sentier que nous comptons emprunter pour le démarrage de notre trek. Il pullule de randonneurs en tous genres, de l’ultra trailer au marcheur du dimanche.

Enfin bref, le temps passe vite et il s’agit de partir. Nous avalons un peu de D+ pour finalement bifurquer, au bout d’une heure de marche, sur un autre chemin, moins emprunté des masses, et dont les points de vue s’avèrent bien plus intéressants.

Une fois encore, les paysages sont uniques. De belles montagnes, parfois enneigées, des cours d’eaux, des lacs, et quelques cabanes. Nous voilà à nouveau dans la brousse norvégienne.

Après 2.30 heures de sentiers dans ces paysages typiques, accompagnĂ©s d’une petite pluie, nous installons notre camps sur la terrasse d’une cabane, au bord du lac Russvatnet. Le toit qui vient couvrir la terrasse nous protègera de la pluie pour la nuit qui arrive. Nous rencontrons sur place deux bergers qui, parce que c’est plus simple ici, prĂ©fèrent les voies navigables aux voies terrestres pour de dĂ©placer. Une fois leur barque amarrĂ©e sur l’un des rares pontons du lac, ils viennent chercher un abri sur « notre Â» terrasse. Nous Ă©changeons quelques mots. Ils nous expliquent qu’ils dĂ©tiennent 200 moutons sur l’ensemble du parc, qu’ils partagent avec leurs animaux des snacks (qui s’avèrent ĂŞtre des granulĂ©es) pour rendre le bĂ©tail plus heureux, et qu’ils doivent rentrer parce que madame a sans doute fini de cuisiner.

Il est 22.00. Nous nous installons confortablement dans nos duvets. Cette nuit sera la première nuit sous la pluie.

đź“… Jour 2

🥾 14 kils
🏔 585 D+ / 310 D-
📍 Du lac Russvatnet (61.55679, 8.79354) à la vallée de Veodalen (61.60643, 8.61884)

RĂ©veil Ă  06.00 pĂ©tantes ! Lors de la prĂ©paration de notre itinĂ©raire, la mĂ©tĂ©o locale indiquait une reprise des averses sur l’ensemble de Jotunheimen Ă  partir de 11.00. L’idĂ©e de ce rĂ©veil très trop matinal est d’éviter la pluie. Mais bon, Ă  l’instar de beaucoup de prĂ©visions mĂ©tĂ©orologiques en montagne, nos renseignements n’étaient pas justes : après une nuit bien pluvieuse, la matinĂ©e se dĂ©roulera sous les averses. Et le vent. Au top.

Si la pluie nous affaibli sur cette matinée (marcher plusieurs heures dans le froid et l’humidité n’est définitivement pas terrible pour le moral), elle laisse toutefois apparaître des paysages intéressants que l’on croirait tout droit sortis de l’imaginaire de Tolkien.

C’est en toute fin de matinĂ©e seulement que le mauvais temps commence Ă  se dissiper. AbritĂ©s du vent derrière un rocher, nous prenons tranquillement le temps de nous reposer autour d’une ration lyophilisĂ©e. Je pense qu’il n’y a qu’une chose qui peut vraiment redonner le sourire face au vent et Ă  la pluie : un repas chaud. Le temps d’avaler quelques calories, le ciel tend Ă  se bleuir. Il est un peu moins de 13.00 quand nous reprenons la marche, sous un ciel un peu plus dĂ©gagĂ© et moins pluvieux.

Nous atteignons le refuge de Glitterheim dans l’après-midi. A l’image des autres refuges que nous avons pu visiter, Glitterheim propose une grande salle commune, chauffée, où des tables, fauteuils et canapés sont installés autour d’une cheminée. Vous me voyez venir ? Nous faisons de cette salle notre salle de sieste pour l’après-midi : deux heures de sommeil, au chaud, sur des canapés moelleux comme jamais.

Sur les coups de 18.00, et après s’être battus avec nous mêmes pour retrouver le courage de mettre les pieds dehors, nous décidons de repartir pour moins d’une heure de marche, en vue de trouver un spot pour la nuit.

Ce spot, nous l’aurons. Sans le savoir, nous nous installons dans la vallée de Veodalen qui est une vallée où l’on croise très régulièrement des rennes. Nous n’en profitons pas dans la soirée. Peut être aurons nous plus de chance demain.

đź“… Jour 3

🥾 14 kils
🏔 200 D+ / 550 D-
📍 Vallée de Veodalen (61.60643, 8.61884) au refuge de Spiterstulen (61.62484, 8.40452)

Après une douce nuit au son du battement des ailes des moustiques qui nous ont attaqués toute la nuit (note pour plus tard : ne pas s’installer à côté d’une tourbière), nous avons repris la route assez rapidement pour s’éviter les averses prévues en fin de journée. Au programme, peu de D+, beaucoup de D-, et moins d’une quinzaine de kils. Un vrai bonheur. Ou plutôt, une journée comme les autres dans Jotunheimen.

Cette matinée sera la matinée de la rencontre locale. Pour la première fois de notre voyage, nous croisons une forme de vie différente des moutons, moustiques et touristes : alors que nous sommes à une heure de marche de notre campement, Jeanne se retourne brusquement et me pointe du doigt le flanc de montagne. En tournant la tête, j’aperçois au loin, un, puis deux, puis tout un troupeau de rennes qui descend la vallée. Sans perdre de temps, nous sortons les jumelles pour profiter des animaux. Au final, pas loin d’une dizaine de rennes montrent leur nez et dévalent le flanc de montagne à toute allure. Un spectacle somme toute agréable qui nous laisse bouche bée.

Nous atteignons le col de Velsglupen entre 13.00 et 14.00. Grimper ne nous aura pas demandé d’efforts particuliers, mais le vent qui s’engouffre dans le col nous refroidit un peu trop vite et nous rappelle que nous marchons depuis bientôt 10 jours et, qu’en conséquence, la fatigue peut facilement reprendre le dessus.

La descente sera longue, surtout pour le moral. La majorité du sentier est balisé sur de la roche, qui rend la marche plus technique et surtout douloureuse pour les articulations. On est pas venu ici pour souffrir, OK ? Neanmoins, avant la dernière pente qui nous amènera au refuge de Spiterstulen, nous avons pris le temps d’observer un panorama particulièrement magnifique. Face à nous, on peut apercevoir un glacier qui culmine à plus de 2000 mètres d’altitude et dont ses extrémités, en certains points, se transforment en cours d’eau. Un peu plus bas en altitude, la forêt reprend ses droits sur les paysages rocailleux, où le lichen est souvent la seule rare forme de vie. Enfin, dans le creux de la vallée, s’écoule une longue et sinueuse rivière qui dégage une humidité abondante, a l’origine d’une brume qui laisse au décor une signature d’un genre mystique.

Ce soir, nous décidons de rester au refuge de Spiterstulen. En effet, la pluie a entièrement gagné la vallée, et il est prévue qu’elle ne cesse qu’à partir de demain soir. Le refuge, très connu à Jotunheimen, se compose de plusieurs grands chalets : la principale qui abrite la salle commune (feu de cheminée, bières, fauteuils et canapés) ainsi que la salle de restaurant ; les autres chalets sont en majorité des dortoirs quand ils ne sont pas des locaux techniques.

🍺 Lom, bourgade de quelques milliers d’habitants, mais aussi porte d’entrée pour le parc de Jotunheimen, dispose de sa propre micro brasserie. Pour la modique somme de 12 euros (50cl), nous avons pu profiter au refuge d’un breuvage houblonné, somme toute agréable après une longue journée de marche.

đź“… Jour 4 – Pause Ă  Spiterstulen

🥾 0 kils
🏔 0 D+ / 0 D-
đź“Ť Refuge de Spiterstulen (61.62484, 8.40452)

Peu de choses à raconter. Il pleut toute la journée. Du coup, nous en profitons pour nous ressourcer. Nous prendrons malgré tout une petite heure pour se balader sur les flancs des montagnes qui nous entourent.

Le soir venu, nous partageons la table de notre repas avec un groupe de suédois, dont la recette de leur repas rendrait fou de rage chef Etchebest.

  • Prendre 250 grammes de coquillettes et les verser dans une casserole. Sans eau.
  • Y ajouter une brique complète de sauce tomate, soit 250 grammes.
  • Y ajouter une brique complète de flageolets, soit 250 grammes. Si vous ne disposez pas de flageolets, vous pouvez toujours mettre des haricots.
  • Y ajouter un demi verre d’eau, soit 100 millilitres environ.
  • Faire cuire le tout Ă  grandes flammes, laisser cramer le fond de la casserole, et goĂ»ter toutes les deux minutes pour se rendre compte Ă  quel point c’est dĂ©gueulasse !

đź“… Jour 5

🥾 15 kils
🏔 560 D+ / 220 D-
📍 Refuge de Spiterstulen (61.62484, 8.40452) à la vallée de Storåe (61.49531, 8.38987)

Il est 10.00 quand nous terminons notre copieux petit déjeuner (à noter, les refuges fournissent des formules petit déjeuner sous forme de buffet, compris entre 15 et 20 euros. Outre la possibilité de se goinfrer pour 3000 calories, il est possible de préparer des sandwichs à emporter pour son lunch). C’est ainsi que la panse bien remplie, ajoutée à l’apparition d’un ciel bleu et d’une nuit sur de vrais matelas nous commençons à étudier notre itinéraire pour la journée.

Il nous reste 23 kils jusqu’au ferry qui nous transportera jusqu’au refuge de Gjendesheim. Nous préférons toutefois scinder l’étape en deux jours puisque nous rejoignons des amis, dans deux jours justement, pour l’ascension du Bessegen, mythique randonnée dans le parc de Jotunheimen. Nous repérons sur la carte un spot, proche de lacs et rivières, qui semble plat, et qui se situe à 8 kils du ferry. Ce sera notre objectif pour la journée.

La reprise est plutôt agréable. Les 560 mètres de D+ prévus se font sans encombre. A croire que nous commençons à nous tailler un vrai physique de randonneur !

A midi, nous avons accompli plus de la moitié du chemin. En récompense, nous décidons de nous installer derrière un rocher pour nous couvrir du vent et donc, déguster en toute tranquillité nos sandwichs fraîchement préparés lors du petit déjeuner de ce matin.

Nous poursuivons notre randonnĂ©e dans l’après midi, en prenant le temps d’observer les paysages montagneux qui nous entourent. Assez haut en altitude, les neiges et glaciers recouvrent souvent certains flancs de montagne. Jotunheimen nous semble tellement grand vu d’ici.

Le plus compliqué arrive finalement à 18.00, soit une heure après l’installation de notre bivouac. Les 0.2 millimètres de pluie prévues entre 18.00 et 19.00 se transforment en une pluie battante qui durera jusqu’au lendemain matin. L’angoisse. Ainsi, pour rester à l’abri de l’humidité, nous cuisinons pour la première fois sous la tente (à celui qui s’aventure dans une expérience similaire : attention à ne pas faire le con avec le gaz sous la tente). A l’issu de ce repas, nous comprenons à quel point le soleil est agréable et que chacun de ses rayons s’avèrent être une réelle bénédiction.

Il est 22.00, la pluie tombe toujours. Je m’endors.

đź“… Jour 6

🥾 8 kils
🏔 0 D+ / 480 D-
📍 Vallée de Storåe (61.49531, 8.38987) au ferry de Gjendebu (61.45349, 8.49937)

Après une nuit passée sous la pluie, nous nous réveillons tranquillement en vue de terminer notre boucle. Malgré l’humidité qui a gagné l’intérieur de nos chaussures durant la nuit (un vrai plaisir quand il s’agit de se chausser), le profil de la marche qui nous attend nous réconforte : peu de kils et l’absence de D+.

Au fur et Ă  mesure de notre avancĂ©e, cette dernière partie que nous pensions si facile s’avère en fait plus compliquĂ©e que prĂ©vue. Avec un ciel dĂ©gagĂ© et une tempĂ©rature qui augmente de manière exponentielle, la pluie tombĂ©e la veille s’évapore et transforme l’atmosphère en un air aussi Ă©touffant que celui d’une jungle tropicale. Les quelques calories absorbĂ©es lors de notre rudimentaire petit dĂ©jeuner, composĂ© d’une demie pomme et de quelques biscuits, ont presque toutes Ă©tĂ© consommĂ©es. Aussi, un troupeau de vaches mal attentionnĂ© tente de nous barrer le passage. En bref, il fait chaud, moite, nous avons faim, et un bĹ“uf guète le moindre de nos mouvements.

A l’issue de trois longues heures de marche, nous rejoignons le refuge de Gjendebu. Nous nous installons au soleil pour sécher la tente, déguster un bon plat d’instant noodles parfum bœuf, et s’offrir une glace Magnum de contrefaçon à 30 NOK. Une bien belle récompense après tant d’efforts.

En soirée, nous avons prévu de rejoindre des amis pour s’attaquer, le lendemain, à l’ascension du Bessegen. Sans plus tarder, nous nous dirigeons alors vers l’embarcadère du ferry à quelques minutes à pieds du refuge, qui en l’espace d’une demie heure, nous transportera à travers le lac Gjende pour rejoindre le refuge de Gjendesheim. Après une semaine de marche, nous avons terminé la première partie de notre visite de Jotunheimen.



📸 Photographies par Jeanne et Simon

2 commentaires sur « Jothuneimen en une semaine »

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